Comment la pandémie a mis en lumière la pratique des prépublications scientifiques?

Publié par Olivier Pourret, le 28 avril 2020   710

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Avec la pandémie COVID-19, la communauté médicale et scientifique plus largement ainsi que le grand public a découvert l'existence des prépublications scientifiques (peprints en anglais).

Pour une fois que la pandémie à ses avantages, des centaines de milliers de personnes vont regarder cette vidéo du Pr Raoult dans laquelle sont expliqués très clairement les avantages du partage ouvert des prépublications.

Un article scientifique en prépublication correspond à la version initiale du compte rendu de recherche, avant soumission à une revue. Cette version précède l’évaluation par un comité de rédaction. Elle ne comprend ni les modifications que fera l’auteur après l’évaluation par les pairs, ni les corrections et la mise en page de l’éditeur.

Ce développement des prépublications est intéressant mais il y a un problème : les médias, le public n'ont pas compris que les prépublications n'étaient pas des articles validés par un comité de lecture! 


Comme je l’écris dans mon dernier article sur les pratiques des prépublications dans mon domaine de recherche (la géochimie) :  l'effet de diffusion accru a le potentiel d'être utilisé pour promouvoir des études scientifiques non reproductibles ou de fausses nouvelles et ainsi ajouter un fardeau potentiel supplémentaire aux journalistes rapportant de nouvelles recherches. Selon Altmetric, l'article de recherche le plus partagé est une prépublication bioRxiv sur le virus COVID-19. Cet article a depuis été retiré en raison de lacunes dans la méthodologie de recherche mise en place.


Ces dernières années, le rythme de diffusion des informations scientifiques s'est fortement accru. Dans ce contexte, la possibilité et la valeur du partage de manuscrits en ligne en libre accès sous leur forme prépublication s’est développé dans de nombreux domaines scientifiques. De plus en plus de plateformes se consacrent au partage gratuit de prépublications. Ces prépublications font partie intégrante du  monde scientifique depuis au moins les années 1960. En 1990, Tim Berners-Lee a créé le World Wide Web pour aider les chercheurs à partager facilement leurs connaissances. Quelques mois plus tard, en août 1991, un réseau Web centralisé, arXiv (https://arxiv.org/, prononcé «är kīv», de la lettre grecque «chi»), a été créé.  arXiv est sans doute la plateforme de prépublication la plus influente et soutient les domaines de la physique, des mathématiques et de l'informatique depuis plus de 30 ans. Ces cinq dernières années, les plates-formes de prépublication sont devenues populaires dans de nombreuses disciplines (par exemple, bioRxiv pour les sciences biologiques) en raison de la tendance croissante vers l’accès ouvert des publications scientifiques. Bien que les prépublications dans leur ensemble ne représentent encore qu'une petite proportion de l'édition scientifique (par exemple, 2% de la littérature biomédicale publiée chaque mois), une communauté forte et diversifiée expérimente cette pratique de prépublication dans bien plus de disciplines qu'auparavant.

Ce billet de blog est basé sur mon article en anglais:

Pourret, O., Irawan, D.E., Tennant, J.P., 2020. On the Potential of Preprints in Geochemistry: The Good, the Bad, and the Ugly. Sustainability, 12(8): 3360. https://www.mdpi.com/2071-1050...