En ces temps différents, faites encore plus attention aux revues scientifiques dites prédatrices !

Publié par Olivier Pourret, le 10 mai 2020   470

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Dans le contexte des objectifs de développement durable des Nations Unies, il y a des défis majeurs à relever dans le monde de la communication scientifique.

Les articles en accès ouvert  ou les prépublications scientifiques en font partie intégrante comme je l’ai détaillé dans mes billets précédents.

Malheureusement, de trop nombreux arguments dénaturent les éléments critiques de l'accès ouvert et plus largement de l’édition scientifique et de l’utilisation des résultats de recherche qui y sont publiés. Le développement des journaux prédateurs en est un exemple.


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Un journal prédateur (predatory journal en anglais) est une publication (le plus souvent sur internet) qui prend les formes d'une revue scientifique mais constituant une escroquerie légale en poussant les scientifiques à payer des frais de publication sans leur fournir les services éditoriaux associés aux revues scientifiques légitimes (en accès ouvert ou non). L'idée de prédation de ces revues est fondée sur l'idée que les scientifiques sont trompés et incités à publier avec elles, même s'il peut arriver que certains auteurs soient informés de la mauvaise qualité de la revue, voire de son caractère frauduleux. Ces journaux prédateurs, profitent pour la plupart du modèle auteur-payeur de la publication en accès ouvert. Leur but est mercantile, sans chercher à promouvoir ni pérenniser les résultats de la recherche.

Ces journaux prédateurs se soucient peu de la qualité ou de l’intégrité scientifique. Leur fonctionnement éditorial, financier, ou scientifique est opaque. Elles ne répondent pas, ou qu’en partie, aux recommandations éthiques et professionnelles du monde de la publication scientifique. Les articles sont publiés dans un court délai. Le contrôle du contenu scientifique (évaluation par les pairs) et des pratiques de certains auteurs est superficiel. Ces revues peuvent héberger des résultats déjà publiés ailleurs (plagiat), de faux résultats, de faux auteurs, des conclusions inacceptables.

Faux résultats et faux auteurs

Pour tester à quel point la qualité de ces journaux était faible, un neuroscientifique éminent a trompé quatre journaux prédateurs qui ont accepté de publier son article totalement faux sur les midi-chloriens - les formes de vie fictives de Star Wars qui rendent « la force » possible. La chose la plus absurde, est qu’une personne lambda n'aurait besoin que de quelques minutes pour voir qu'il est entièrement faux et criblé de références inexplicables de Star Wars. Pour commencer, il est écrit par le Dr Lucas McGeorge et le Dr Annette Kin. Ensuite le texte semble scientifiquement correct, l’auteur a simplement recopié le contenu de la page Wikipedia sur les mitochondries (bien réel) et reformulé, par midi-chlorien / midichlorien (pas si réel).

 

Son récit en anglais est disponible ici.

   

Conclusions discutables

Un deuxième exemple en ces temps de pandémie COVID-19, le mathématicien français Jean-Claude Perez a été l’invité de plusieurs journaux télévisés (aux heures de grande écoute) pour parler de ses derniers travaux et de son dernier article publié dans un journal prédateur (International Journal of Research –GRANTHAALAYAH, oui vous avez bien lu le titre du journal). Ceci sous couvert du prestige du Pr Montanier (Prix Nobel pour ses travaux sur le SIDA)…

Ces résultats discutables sont propagés par les médias... par exemple dans le Point du 18 avril 2020 et l’article "Le virus du Sars-CoV-2 a-t-il été créé par l'homme ? Tous les éléments pour en juger". Les journalistes se sont posé brièvement la question de l'article scientifique à la base de ces conclusions...  Heureusement, après avoir rapporté des témoignages de chercheurs ne croyant pas ces hypothèses, leur message est plus nuancé.

"Un Prix Nobel qui s'est récemment fourvoyé dans pas mal d'affaires peu crédibles n'est pas une caution suffisante face à l'entière communauté scientifique."


Pour compléter mes propos et revenir plus largement au sujet de l’accès ouvert aux publications scientifiques, voilà  une très bonne émission Science Friction  qui nous parle  de « L’édition scientifique, entre prédateurs et profiteurs » et un article dans Le Monde.




Ce billet de blog est basé sur mon article en anglais :

Pourret, O., Irawan, D.E., Tennant, J.P., Wien, C., Dorch, B.F. (2020) Comments on “Factors affecting global flow of scientific knowledge in environmental sciences” by Sonne et al. (2020). Science of the Total Environment 721, 136454. https://doi.org/10.1016/j.scit...

Une version gratuite est disponible ici jusqu’au 25 juin 2020 et en accès ouvert ici.