Alimentation des jeunes : pourquoi connaître les conseils ne suffit pas
Publié par Sylvain Bacot, le 7 octobre 2026
Manger des fruits et légumes, limiter les boissons sucrées… Les jeunes connaissent souvent les conseils alimentaires. Pourtant, leur quotidien ne leur permet pas toujours de les suivre. Une étude montre que l’âge, le genre et le milieu social comptent aussi dans le contenu de leur assiette.
Un repas pris rapidement entre deux cours, un déjeuner avec des amis ou des courses faites avec un budget limité : l’alimentation des jeunes dépend de nombreuses situations. Elle ne se résume donc pas à une question de goût ou de volonté.
Dans un article publié en 2013 dans la revue Agora débats/jeunesses, Hélène Escalon et François Beck analysent les comportements alimentaires des 12–30 ans en France à partir du Baromètre santé nutrition 2008. Ils s’intéressent à leurs consommations, à leurs connaissances nutritionnelles et à l’organisation de leurs repas.
Ces résultats décrivent la situation observée en 2008. Ils permettent de comprendre certains mécanismes, mais ne constituent pas un portrait de l’alimentation des jeunes aujourd’hui.
Des recommandations connues, un quotidien moins simple
Le résultat sur les fruits et légumes est parlant. 70,7 % des 12–30 ans connaissaient le conseil d’en manger au moins cinq par jour. Pourtant, seuls 6,4 % déclaraient en avoir consommé au moins cinq fois la veille de l’enquête, contre 23,8 % des 61–75 ans.
Attention à ce que mesure ce chiffre : les participants indiquaient les occasions où ils avaient mangé des fruits ou des légumes, appelées « prises ». La taille des portions n’était pas mesurée. On ne connaît donc pas les quantités exactes consommées.
Les jeunes avaient entendu le message, mais leurs repas ne correspondaient pas toujours à celui-ci. Cela ne signifie pas forcément qu’ils refusaient de suivre les conseils. Acheter les aliments, les préparer et leur faire une place dans ses habitudes demande aussi des moyens et du temps.
Un déjeuner pris rapidement entre deux cours ou des courses faites avec un budget serré illustrent les difficultés possibles. Le conseil reste le même, mais les conditions pour l’appliquer changent d’une personne à l’autre.
De l’adolescence à la vie adulte, les repas changent
À 12 ans, les repas sont encore largement organisés par la famille. À 20 ans, on peut devoir faire ses courses, cuisiner ou manger à l’extérieur. Les habitudes familiales restent présentes, mais elles se mêlent à celles des amis et aux contraintes des études ou du travail.
Dans l’enquête, les 12–30 ans consommaient moins fréquemment des fruits, des légumes et du poisson que leurs aînés. Les boissons sucrées occupaient, en revanche, une place plus importante : 38,7 % des jeunes en avaient bu au moins une fois la veille, contre 14,7 % des plus de 30 ans.
Les différences concernaient aussi les repas sautés. Le petit-déjeuner n’avait pas été pris la veille par 8,8 % des 12–15 ans, 15,4 % des 16–18 ans et 14,6 % des 19–25 ans. Cette proportion était de 8,5 % chez les 26–30 ans.
Le
petit-déjeuner était donc plus souvent sauté entre 16 et 25 ans
dans cette enquête. Ces résultats comparent toutefois des
groupes d’âge : ils ne suivent pas les mêmes personnes au fil des
années.
Filles et garçons : des différences dans les pratiques
Les filles interrogées consommaient plus fréquemment des fruits et légumes et moins souvent des boissons sucrées que les garçons. Elles fréquentaient également moins souvent les établissements de restauration rapide.
Il s’agit de tendances générales, avec des différences entre les personnes. Les auteurs discutent notamment du rôle des attentes sociales autour du corps, de l’apparence et de la santé. La manière de manger se construit aussi à travers les messages reçus dans la famille et dans l’entourage.
Bien manger dépend aussi des moyens disponibles
L’étude relève des différences selon le milieu social. Les jeunes de certains milieux moins favorisés consommaient moins fréquemment des fruits, des légumes ou du poisson, et davantage de boissons sucrées.
Le budget compte, mais les habitudes familiales et l’accès aux aliments ont aussi leur place. Conseiller de cuisiner davantage, par exemple, suppose d’avoir du matériel, un espace adapté et du temps. Une recommandation peut être comprise tout en restant difficile à suivre.
C’est un point essentiel pour la prévention. Informer les jeunes reste utile, mais leur proposer des repas accessibles ou leur apprendre à préparer des plats simples peut faciliter la mise en pratique des conseils. Ces actions doivent partir de leurs besoins, sans oublier leurs goûts ni le plaisir de manger.
Une prévention proche du quotidien des jeunes
L’intérêt de cette recherche est de dépasser l’idée selon laquelle les jeunes mangeraient différemment uniquement parce qu’ils seraient mal informés.
Pour améliorer leur alimentation, les conseils doivent s’accompagner de conditions qui facilitent leur application. Cela peut passer par une offre alimentaire accessible, des repas adaptés aux contraintes scolaires ou professionnelles, ou des activités permettant d’apprendre à préparer des plats simples.
L’enjeu est d’aider les jeunes à faire des choix qui leur conviennent, en tenant compte de leur budget, de leurs goûts et de leur environnement. Une prévention utile doit aussi préserver le plaisir de manger et la dimension sociale des repas.
Ce que l’enquête permet de comprendre
Les réponses reposent sur les déclarations des participants, et une partie des questions concernait uniquement la veille de l’entretien. Elles permettent de repérer des différences entre groupes, mais pas de connaître toutes les habitudes d’une personne ni de prouver les causes de ces différences.
L’article aide surtout à comprendre pourquoi un même conseil alimentaire ne se traduit pas de la même façon dans toutes les assiettes.
Comment lire ces résultats ?
L’enquête repose sur les déclarations des participants. Une partie des questions concernait les aliments et les repas consommés la veille. Elle permet de comparer des groupes et de repérer des associations, mais ne décrit pas à elle seule toutes les habitudes d’une personne et ne prouve pas les causes des différences observées.
Référence de l’article scientifique
Escalon, H., & Beck, F. (2013). Les jeunes et l’alimentation : Des comportements sexués, évoluant avec l’âge et socialement marqués. Agora débats/jeunesses, 63(1), 113–127. https://doi.org/10.3917/agora.063.0113
Source complémentaire des graphiques : Escalon, H., & Beck, F. (2013). L’alimentation des 12–30 ans. Dans F. Beck & J.-B. Richard (dir.), Les comportements de santé des jeunes : Analyses du Baromètre santé 2010 (p. 201–218). INPES. Les données alimentaires de ce chapitre proviennent du Baromètre santé nutrition 2008.
