Portrait de Science | 3 Questions à Sandra Fontanaud

Publié par CNRS Délégation Hauts-de-France, le 8 janvier 2026   36

Lire le portrait de sciences de Sandra FONTANAUD, ingénieure d’études en production, traitement, analyse de données et enquêtes au sein du laboratoire Centre Universitaire de Recherches sur l'Action Publique et le Politique Épistémologie & Sciences Sociales (CURAPP-ESS - UPJV/CNRS).

Quel est votre parcours ?

J’ai découvert la sociologie un peu par hasard. En classe de seconde, mon premier cours de Sciences économiques et sociales s’est déroulé sous forme d’un débat : « l’amour est-il inné ou acquis ? » J’ai alors pris conscience qu’il était possible de réfléchir à des questions aussi universelles, et cela a bouleversé ma manière de voir le monde.

Issue d’un milieu populaire, où personne autour de moi n’avait suivi de longues études, j’ai franchi les étapes universitaires une à une. D’abord engagée en psychologie, je me suis ensuite tournée vers la sociologie. Faute de DEA dans cette discipline à l’Université de Poitiers, j’ai poursuivi en DEA « Histoire et civilisations », avant de débuter une thèse sur les pratiques généalogiques, notamment au sein des classes populaires. Lorsque mon directeur de thèse a rejoint le CURAPP-ESS à Amiens, je l’ai suivi et j’ai soutenu ma thèse à l’Université de Picardie Jules Verne. Trois ans plus tard, une opportunité de poste s’est offerte et j’y exerce depuis en tant qu’ingénieure d’études, spécialisée dans la production, le traitement et l’analyse de données et d’enquêtes. 

La sociologie offre une richesse incroyable de terrains et de méthodes, dont je suis tombée amoureuse. Elle permet d’explorer des sujets qui me touchent particulièrement, comme la socialisation, les inégalités ou les classes sociales. Mais au-delà de la théorie, c’est une science de terrain, souvent pragmatique, et vivante.

En quoi consiste vos activités d'appui à la recherche ?

Je suis spécialisée dans la production et le traitement de données qualitatives, essentiellement issues d’entretiens ou de vidéos. Concrètement, on me sollicite pour répondre à des problématiques de recherche : je peux mener des entretiens sur le terrain, en assurer la transcription et analyser les données recueillies. Une règle tacite en sociologie dit qu’une heure d’entretien représente environ six heures de transcription et trois heures d’analyse. Et lorsqu’il s’agit d’entretiens filmés, c’est encore plus long : il faut analyser à la fois par le regard et par l’écoute ! J’élabore également des outils, mets en place de nouveaux protocoles et adapte des méthodes venues d’autres disciplines pour les proposer à mes collègues. Ce travail m’amène à collaborer avec des personnels de recherche venus d’horizons variés : sociologie bien sûr, mais aussi linguistique ou science politique. En parallèle, je m’investis dans la vie de mon laboratoire et de mon université. Je représente par exemple l’UPJV auprès de l’Observatoire de la protection de l’enfance et je participe à l’alliance européenne BAUHAUS4EU.

Depuis le début de ma thèse, j'ai gardé un objectif en tête : permettre à tous de comprendre, y compris à ma mère, ce que j'étudie. C’est dans cette perspective que j’ai récemment choisi de m’investir davantage dans la vulgarisation scientifique. Je participe ainsi au dispositif Apprentis Chercheurs, avec l’envie de partager les sciences avec les plus jeunes.

Quels sont les aspects méconnus du métier d'ingénieure d'études ?

Je suis convaincue qu’il y a autant de postes d’ingénieurs d’études que d’ingénieurs ! Au CURAPP-ESS, on m’a donné la possibilité de définir les contours de mon métier, d’explorer ma curiosité et de choisir les projets auxquels j’étais en capacité de contribuer. Cette liberté est précieuse : elle permet de se challenger et d’apprendre en permanence, au coeur d’un écosystème riche et stimulant comme celui du monde de la recherche.

Mon métier me donne aussi un côté « MacGyver » : je suis un peu le couteau suisse de mon unité. Aidée par mon expérience de doctorante, je m’adapte aux projets et aux problématiques de celles et ceux qui les portent, tout en sachant me positionner face aux financeurs ou rédiger des rapports. Mais il y a aussi une dimension plus exigeante à mon métier : analyser des entretiens difficiles, sur des thématiques lourdes, peut être éprouvant et demander beaucoup de recul.

Ingénieure d’études est donc un rôle polymorphe, parfois intense, mais qui nourrit ma curiosité et mon goût du travail en équipe.

Mini-biographie

2002 : Obtention d'une maitrise en sociologie à l'Université de Poitiers
2004 : Obtention d'un DEA « Histoire et civilisations » à l'Université de Poitiers
2012 : Obtention d'un doctorat de sociologie à l'Université de Picardie Jules Verne
2015 : Entrée à l'Université de Picardie Jules Verne en qualité d'ingénieure d’études en production, traitement, analyse de données et enquêtes