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« Vulgariser la science, c’est un travail de tous les jours» : rencontre entre un lycéen et un astrophysicien

Publié par Ombelliscience -, le 29 juin 2026

Dans le cadre de sa mission de partage des savoirs et de soutien à l'engagement des jeunes, Ombelliscience a accueilli Renan Guerniou, actuellement en classe de 2de au lycée Sainte-Famille à Amiens (80) pour son stage d'observation du 8 au 19 juin 2026. Durant ces deux semaines d'immersion, il a pu explorer l'univers de la culture scientifique au travers des activités de l'association.

Dans ce cadre, il a interviewé Nicolas Fiolet, astrophysicien et responsable du planetarium à la Coupole à Wizernes, près de Saint-Omer (62). Il lui a posé des questions sur ses études ainsi que sur ses motivations et ses projets futurs.

Renan Guerniou : Quel a été votre parcours ?

Nicolas Fiolet : J’ai eu un parcours « classique », universitaire. J’ai fait une licence de physique fondamentale, puis un master avec une spécialisation en astrophysique en deuxième année. Je me suis notamment concentré sur l’aspect instrumental et observationnel et sur le domaine infrarouge et radio, ce qui était assez unique, car beaucoup d’étudiants en astrophysique choisissent des parcours assez théoriques. Il faut bien comprendre que pour être accepté en doctorat, il faut obtenir une bourse de l’État. L’année de mon Master, il y avait environ 20 bourses pour 40 élèves. Il faut donc soit être bon, soit travailler sur un sujet original. Je n’étais pas le meilleur, mais ma spécialisation particulière m’a permis d’obtenir une bourse pour commencer mon doctorat.

RG : Comment avez-vous eu l’idée de devenir astrophysicien ?

NF : Je me suis intéressé aux sciences dès l’école primaire, mais je ne savais pas encore dans quel domaine. Au collège, cela s’est peu à peu précisé. En seconde, j’ai eu la chance de visiter un laboratoire d’astrophysique sur mon lieu de vacances. Cela m’a décidé ! Je savais ce que je voulais faire : astrophysicien. Je me suis ensuite spécialisé dans l’étude des galaxies lointaines pendant mon master.

RG : Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir astrophysicien ?

NF : Pour être astrophysicien, il faut avant tout avoir de la rigueur, beaucoup de rigueur. Il faut également être curieux et être passionné par le métier. De plus, pour être médiateur scientifique, il faut être tout cela mais également avoir l’envie de transmettre ses connaissances aux autres.

RG : Aimez-vous votre métier ?

NF : Oui !

RG : Dans l’astrophysique, quel sujet aimez-vous le plus ? Le moins ?

NF : Mon sujet préféré est tout ce qui concerne les galaxies, notamment les galaxies du ciel profond. Le sujet que j’aime le moins, c’est la geodésie et les systèmes de référence, c’est-à-dire l’étude de la forme de la Terre et les calculs de coordonnées et d’éphémérides.

RG : Quelles sont les questions d’actualité dans le domaine de l’astrophysique ?

NF : Il y en a beaucoup ! L’astrophysique est très vaste, il y a beaucoup de domaines d’étude, donc beaucoup de questions. Si l’on veut citer les principales, ce serait la question de la matière noire qui, si elle était résolue, nous libérerait beaucoup de champs des possibles. Il y a également la question du « Big Bang », le début de l’Univers, qui serait très importante pour en apprendre davantage sur notre origine et sur notre Univers.

RG : Pensez-vous qu’il y ait de la vie dans l’Univers ?

NF : Comme le dirait Carl Sagan : « L'Univers est un endroit assez vaste. Si nous sommes seuls, ça semble être un gaspillage d'espace épouvantable. » Il y a sans doute de la vie quelque part dans l’Univers, mais nous ne le saurons peut-être jamais. Par exemple, nous avons commencé à émettre des ondes dans l’espace vers les années 1930, et nous avons envoyé notre premier message dans l’espace en 1974. Les ondes se déplacent à la vitesse de la lumière, donc notre message se trouve actuellement à environ 50 années-lumière de la Terre. Nous visions un amas d’étoiles à 22 000 années-lumière de la Terre. Il faudra donc 22 000 ans pour que notre message parvienne à cet amas d’étoiles. Et même quand il y parviendra, si les extraterrestres ne sont pas assez évolués, ils ne pourront pas écouter notre message, sans parler d’y répondre ! De plus, il faudra encore 22 000 ans pour que leur message parvienne jusqu’à nous, sans même parler de la difficulté rencontrée pour se comprendre. Au total, il faudra attendre environ 44 000 ans avant d’avoir (peut-être) une réponse. Mais que serons-nous devenus d’ici là, sachant que la durée d’une civilisation dépasse rarement les 2 500 ans…

RG : Comment réussissez-vous à vulgariser la science ? Par quels moyens ?

NF : Pour vulgariser la science, c’est un travail de tous les jours. Il faut notamment beaucoup lire pour se tenir au courant de l’actualité scientifique, et il faut également énormément s’adapter. Il faut pouvoir s’adapter à tous les types de publics et à tous les âges, car notre public va de 7 à 77 ans. Il ne faut donc pas expliquer les choses de la même manière à tout le monde.

RG : Quelle est votre plus grande fierté dans votre carrière, votre plus grande réalisation ?

NF : Je n’ai pas de grande fierté, mais je suis fier d’avoir obtenu mon doctorat, ce qui signifiait déjà beaucoup pour moi. Comme tous les scientifiques, j’ai également publié des articles, et c’est aussi une grande fierté de voir ses travaux dans une revue scientifique. J’ai également eu la chance de pouvoir travailler dans différents pays, comme en Inde ou au Canada. J’ai aussi eu la chance de travailler au radiotélescope IRAM, en Espagne.

RG : Pour gérer le planétarium 3D, que faut-il faire ?

NF : Pour gérer le planétarium, il faut faire pas mal de choses. Tout d’abord, il faut animer les ateliers et animer également le planétarium 3D. Il faut aussi s’occuper de l’accueil des visiteurs et visiteuses et les renseigner. Je m’occupe également des rencontres avec les autres organismes pour les expositions et les animations extérieures, comme avec Ombelliscience.

RG : Avec qui avez-vous collaboré dans votre carrière ?

NF : J’ai collaboré avec beaucoup de monde tout au long de ma carrière, car l’astrophysique est un métier qui nécessite de parler et de travailler de concert avec les autres. De plus, j’ai collaboré avec de nombreux pays pour la médiation scientifique. Tous les pays ont des points de vue différents sur la manière de penser et de travailler, ce qui est très intéressant et permet d’apprendre de nouvelles méthodes.

RG : La guerre a-t-elle une incidence sur les programmes de recherche et sur leur déroulement ?

NF : Oui, malheureusement. Il y a des programmes qui se sont interrompus et qui ne reprendront sans doute pas avant longtemps, peut-être des dizaines d’années ! Ce sont des programmes de lancement de satellites, ou même des programmes d’observation, qui sont interrompus.