Mesurer l'impact de l'Animaconf de l’ULCO grâce aux données statistiques
Publié par Patrick Augustin, le 27 octobre 2026
À l'occasion de la Fête de la Science 2026, la nouvelle saison de l'Animaconf de l’ULCO, intitulée «SAVOURONS LA SCIENCE», a été lancée à Nausicaa. Cette nouvelle Animaconf a proposé aux jeunes participants une immersion interactive au cœur des savoirs. Sous un format original de médiation scientifique combinant une conférence animée, des expérimentations interactives et un méga quiz, cette approche permet de matérialiser concrètement les phénomènes scientifiques et d'offrir une immersion ludique de la démarche scientifique. Mais au-delà de l'enthousiasme visible dans la salle, quelle est la véritable empreinte d'une telle action de médiation sur la perception des sciences ?
Retour sur une étude d'impact quantitative menée auprès d’une centaine de participants.
Pour évaluer la portée de l’Animaconf, un protocole d'évaluation en temps réel (à l'aide des boîtiers individuels utilisés pour le quiz) a été mis en place auprès d'un public de 104 participants (dont 67 filles et 37 garçons) composé principalement d'élèves de l’Ecole d’Ecault (St Etienne au Mont), du Collège Salengro (St Martin Boulogne), l’Ecole Cary Sauvage (Boulogne-sur-Mer) et de l’Institut Médico-Éducatif (IME) Louis Blériot (Wimille).
L'étude est allée plus loin en intégrant une segmentation par genre (Filles / Garçons). Dans un contexte où l'accès des filles aux filières scientifiques reste un enjeu éducatif majeur, ce découpage a permis d'observer si l'Animaconf résonnait de manière différenciée selon les publics. D’ailleurs, l'analyse comparative des résultats selon le genre a révélé des enseignements précieux sur la réception des messages scientifiques, fournissant des données concrètes pour adapter les futures actions de sensibilisation.
Donner la parole aux élèves au début et en fin de séance : Aimez-vous la Science ?
L'objectif de cette évaluation est de mesurer l'évolution de leur intérêt pour la science entre l'ouverture de l'Animaconf et la conclusion de l'Animaconf, sur une échelle d'appréciation à 4 niveaux (Un peu, Beaucoup, Passionnément, Pas du tout).

Afin de faciliter l'analyse des résultats présentés sur la figure 1, l'ensemble des données a été structuré selon trois axes de lecture clés. L'axe des ordonnées correspond à la proportion des votants. L'axe des abscisses est divisé en quatre blocs principaux correspondant aux propositions de réponses au questionnaire : « Un peu », « Beaucoup », « Passionnément » et « Pas du tout ». Cette disposition permet de visualiser la répartition globale des réponses selon l'intensité de l'intérêt porté à la science. Le 3 ème axe de lecture est situé au sein de chaque bloc d'appréciation. En effet, les réponses sont déclinées en six barres distinctes pour comparer l'évolution des opinions entre le début et la fin de l'Animaconf, tout en distinguant les publics :
- Les barres vertes illustrent la tendance globale de l'échantillon (Tous), la teinte foncée figurant la mesure initiale (Début) et la teinte claire la mesure finale (Fin).
- Les barres roses isolent les réponses de la population féminine (Filles), avec un code couleur identique (foncé pour le Début, clair pour la Fin).
- Les barres bleues représentent la population masculine (Garçons), déclinée selon les mêmes modalités (foncé pour le Début, clair pour la Fin).
En plus de comparer les résultats globaux et par genre, la méthode d’évaluation de l’impact de l’Animaconf s'est appuyée sur des matrices de transition/tableaux de contingence. Cette approche statistique permet de croiser individuellement le vote initial et le vote final de chaque participant afin de cartographier la dynamique des opinions :
- Combien d'élèves peu convaincus au départ ont basculé vers une appréciation enthousiaste ?
- Quelle est la stabilité des choix des participants ?
Afin de comprendre ce qui s'est réellement joué lors de l'Animaconf, les votes de chaque élève ont été suivis individuellement du début à la fin de la séance grâce à cette matrice de transition (figure 2). Cette matrice croise l'avis initial du participant (ligne) avec sa réponse finale (en colonnes) pour cartographier les changements de perception. La diagonale principale (de haut-gauche à bas-droite) regroupe les participants dont l'avis n'a pas changé entre le début et la fin de l'Animaconf. Grâce à ce type de tableau à double entrée, il devient possible de suivre la trajectoire précise des représentations scientifiques et de mesurer l'effet déclic propre à la médiation.

Analyse globale : Un effet « Déclic » massif et mesurable
L'impact global de l'Animaconf se traduit avant tout par un bond spectaculaire du choix «Passionnément», qui constitue le résultat majeur de cette étude. En début de séance, 41,3 % de l'ensemble des élèves déclaraient aimer la science avec cet enthousiasme maximal. À la conclusion de l'animation, ce chiffre grimpe à 67,3 %, enregistrant ainsi une hausse nette de +26,0 points de pourcentage. Cette progression s'explique par un transfert massif depuis les catégories intermédiaires.
En effet, d'après la matrice de transition (figure 2), la proportion d'élèves répondant « Un peu » chute de 24,0 % à 8,7 % (-15,3 points), tandis que la catégorie « Beaucoup » régresse de 31,7 % à 18,3 % (-13,4 points). Loin de traduire une perte d'intérêt, ces variations montrent au contraire que les catégories « Un peu » et « Beaucoup » ont servi de réservoir pour venir alimenter le pôle d'enthousiasme maximal (« Passionnément »). En croisant les réponses individuelles du début et de la fin de séance, il apparaît dans la matrice de transition qu'environ 40% des participants ont amélioré leur perception des sciences grâce à l'Animaconf. Le bloc « Passionnément » s'impose comme un véritable pôle d'attraction. Si 40 % des jeunes ont renouvelé leur passion initiale pour la science, l'animation a surtout su convaincre les hésitants : 20 % des élèves répondant « Beaucoup » et 10 % de ceux répondant « Un peu » au départ ont finalement rejoint les rangs des passionnés à la sortie.
Analyse comparative selon le Genre (Filles vs Garçons)
L'étude par genre montre un engouement très fort du côté des 37 garçons : 37,8 % d'entre eux se disaient passionnés au départ, un chiffre qui s'envole à 67,6 % en fin d'activité (+29,8 points). La part des garçons hésitants « Un peu » s'effondre de moitié passant de 16,2 % à 8,1 %. La matrice de transition révèle un effet d'entraînement particulièrement efficace sur les élèves modérément convaincus. La séance a permis de faire évoluer favorablement plus de 30 % des garçons vers le choix ‘Passionnément’.
Chez les filles, dès le début de la séance, 43,3 % des filles déclaraient aimer la science « Passionnément ». À l'issue de l'Animaconf, ce taux atteint 67,2 %, marquant une progression remarquable de +23,9 points. Parallèlement, le choix « Un peu » chute fortement de 28,4 % à 9,0 %, témoignant d'une nette réduction de la réserve initiale.
L'analyse de la matrice de transition pour la population féminine (67 participantes) confirme un effet d'entraînement majeur au cours de l'Animaconf. Au total, 41 % des filles (contre 33% du côté des garçons) ont vu leur intérêt pour la science progresser, tandis que 53 % ont maintenu leur opinion initiale alors que chez les garçons, ils étaient 64% à conserver leur choix initial. Le pôle « Passionnément » s'impose comme un véritable ancrage d'enthousiasme. En effet, 41 % des filles (38% chez les garçons) qui déclaraient aimer la science « Passionnément » au début ont renouvelé leur engagement à la fin de la séance. Le dispositif a particulièrement bien fonctionné pour convertir les indécisions. Si 41 % des filles ont réaffirmé leur passion initiale pour la science, l'intervention a surtout su emporter l'adhésion des plus réservées : 19 % des filles répondant « Beaucoup » et 11 % de celles répondant « Un peu » au départ ont rejoint les rangs des passionnées à la clôture de la séance.

Conclusion
L'Animaconf a créé un véritable « effet déclic » au sein de ces participants. À la sortie de la séance, ce sont désormais plus de deux élèves sur trois (67,3 %) qui déclarent aimer la science « Passionnément », contre quatre sur dix à l'ouverture (41,3%). L'analyse détaillée des trajectoires individuelles révèle que l'événement a su remobiliser la curiosité des plus réservés: près de 40 % des jeunes ont amélioré leur vision de la science, transformant leur hésitation initiale en une adhésion franche.
Le grand enseignement de cette étude réside dans sa portée inclusive. Qu'il s'agisse des garçons — dont l'enthousiasme a bondi de près de 30 points — ou des filles — qui affichent un taux record de progression individuelle à 41 % —, le concept original de la médiation scientifique a su briser les réticences et neutraliser les stéréotypes de genre. À l'arrivée, filles (67,2 %) et garçons (67,6 %) partagent rigoureusement la même passion pour les sciences, apportant la preuve qu'une médiation scientifique immersive est l'une des clés les plus efficaces pour éveiller les vocations chez tous les publics.
Remerciements
Ces travaux sont soutenus financièrement par l’ULCO, le Pôle de Recherche MTE de l’ULCO, la Communauté Urbaine de Dunkerque, Grand Calais Terres & Mers, la Structure Fédérative de Recherche Campus de la Mer, la DRARI, la Région Hauts-de-France, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et le Fonds Européen de Développement Économique et Régional, dans le cadre des projets CPER ECRIN et Interreg SALOMÉ. Ce travail a bénéficié d'une aide de l’État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-23-CMAS-0028.
Un grand merci à Nausicaà – Centre National de la Mer pour son accueil chaleureux, en particulier Katy Masset, Théo et Jean-François pour leur accompagnement technique.
Enfin, un immense bravo à la Team Animaconf, Sylvain Delenclos, Dominique Schneider, Véronique Vanvincq et Patrick Augustin pour leur énergie, leur passion et leur engagement sans faille.
