Pollutions, accidents industriels... en France, qui s'occupe d'évaluer les risques ?

Publié par Ombelliscience -, le 26 octobre 2017   760

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Alors qu'un rapport récent de l'Agence européenne pour l'environnement a montré l'étendue des problématiques liées à la qualité de l'air, les risques pour la santé et l'environnement sont au cœur des préoccupations des citoyens. De fait, les activités humaines engendrent fatalement de multiples risques, qui peuvent être matériels, sanitaires ou environnementaux. On se rappellera par exemple bien de la tragique explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001, ayant fait 31 morts et des milliers de blessés.

Afin de protéger la population et l'environnement, la réglementation est là pour imposer un certain nombre de mesures de sécurité visant à réduire, limiter, ou maîtriser les risques (qui dans de nombreux cas ne peuvent pas être complètement supprimés). Pour être pertinente, la réglementation doit se baser sur des connaissances fournies par l'expertise scientifique. Mais se pose alors la question suivante : qui s'occupe de fournir cette expertise ?

En France, il existe des organismes publics spécifiquement chargés de différentes missions en relation avec la santé environnementale au niveau national. On pourra par exemple citer l'ANSES, qui travaille à l'évaluation des risques sanitaires à partir des publications scientifiques disponibles, ou encore l'IRSN produisant une expertise indépendante au sujet du risque nucléaire. Ici, nous détaillerons les missions de l'Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques), organisme public sous tutelle du Ministère de la Transition écologique et solidaire, travaillant sur la sécurité environnementale.

L'association Ombelliscience a rencontré Sébastien Farin, directeur de communication de l'Ineris, afin d'en savoir davantage sur les activités de l'organisme.

Polluer des rivières factices et tester des explosions

À l'Ineris, dont le siège est situé à Verneuil-en-Halatte dans l'Oise (région Hauts-de-France), 550 salariés travaillent sur les risques que posent les activités économiques, hors nucléaire, à la santé humaine et à l'environnement. Sébastien Farin précise que ces risques sont classés en trois catégories : les risques dits chroniques (liés aux impacts des pollutions diverses sur l'environnement et la santé), technologiques (liées aux activités industrielles) et enfin les risques liés au sol et au sous-sol (mines et carrières en activité ou non, risques naturels...)

L'Ineris est en premier lieu à la disposition des pouvoirs publics afin de leur fournir un appui technique, mais propose également des prestations aux entreprises. Il effectue des mesures traditionnelles comme les relevés pour la qualité de l'air, de l'eau ou des sols, que ce soit pour des situations exceptionnelles ou de la simple surveillance. En parallèle, l'Institut dispose également de moyens d'expérimentations plus insolites.

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Un test d'explosion de poussières. Crédit : Ineris

Par exemple, des installations ouvertes ou confinées sont dédiées à l'étude des explosions de gaz ou de poussières, provoquées de manière contrôlée. Cela permet à la fois de caractériser les dynamiques de pression lors de la détonation mais aussi d'analyser les fumées et autres rejets produits. Par ailleurs, en ce qui concerne la sécurité des batteries, celles-ci contiennent des substances chimiques pouvant présenter des risques. Les installations de l’Ineris permettent de réaliser des essais en conditions abusives sur les batteries, en les soumettant à des courts-circuits, des contraintes mécaniques, des températures anormales, ou encore en lâchant des masses dessus dans une tour du chute. Enfin, dans le but de caractériser les effets de contaminations en polluants chimiques sur les écosystèmes aquatiques, l'Ineris dispose de rivières artificielles (mésocosmes) contenant végétation naturelle, sédiments, champignons, poissons... Le réalisme de ces systèmes permet aux écotoxicologues de tirer des conclusions à plusieurs échelles pouvant être transposées aux écosystèmes naturels.

Rivières artificielles de l'INERIS. Crédit Ineris

Leurs compétences étant complémentaires, l'Ineris et l'ANSES ont signé une convention de partenariat en 2013 afin de collaborer plus efficacement sur l'évaluation des risques liés à des thématiques très actuelles (nanomatériaux, perturbateurs endocriniens et autres produits chimiques, ondes électromagnétiques...)

Mobiliser tous les acteurs, y compris la société civile

En tant qu'organisme public, l'Ineris communique largement sur ses travaux, qui font par exemple l'objet des rapports accessibles à tous. Pour Sébastien Farin, cet aspect est crucial :

Les sujets sur lesquels l'Ineris travaille sont souvent complexes et en lien direct avec chacun d’entre nous et avec notre environnement quotidien. Il me semble donc nécessaire de rendre accessible nos activités au plus grand nombre, au moins pour permettre à chacun de mieux appréhender les problématiques sur lesquelles nous travaillons.

Au-delà de la simple communication, l'Institut a la particularité depuis 2011 de solliciter les différentes parties prenantes des problématiques abordées (ONG, organisations professionnelles, syndicats, élus et représentants de l'État). Cela se produit dans le cadre de la Commission de la recherche et de l'expertise (Core), constituée sur le principe du Grenelle de l'environnement dans le but de favoriser le dialogue avec la société :

[...] une action importante pour l’Ineris et qui me tient particulièrement à cœur, c’est l’ouverture à la société : vu les sujets traités par l’Institut (par exemple : nanotechnologies, perturbateurs endocriniens, risques du sol, du sous-sol...) et son statut, il est nécessaire de favoriser les échanges entre nos experts et les parties prenantes. Ainsi, nos études et nos recherches sont plus en adéquation avec les attentes ou besoins exprimés par la société. [...] Le but est de faire en sorte que nos activités ne se limitent pas aux seuls besoins scientifiques ou techniques, et ne soient pas déconnectées des réalités sociales. Sur des sujets comme ceux que gère l’Ineris, les questionnements peuvent aussi être éthiques ou sociétaux.

Effectivement, de nombreuses thématiques scientifiques étudiées par l'Ineris sont impliquées dans des débats sociétaux majeurs. Il est de ce fait important d'impliquer les citoyens afin qu'ils aient accès de façon transparente aux résultats de l'expertise scientifique publique, au même titre que les instances décisionnelles de l'État. De plus, faire participer la société civile aux discussions permet de communiquer les préoccupations du public à ceux qui sont à même d'apporter des éléments de réponse. Les dispositifs de type "Core" mis en place à l'Ineris sont un pas encourageant dans cette direction.

Sébastien Farin, directeur de la communication
de l'Ineris, a été interviewé par Ombelliscience

Article de Théo Mathurin, propos recueillis par Aurélie Fouré et transcrits par Claudia Blond.