Chabha SEHAKI - Les plantes médicinales : un avenir prometteur ?

Publié par vanessa VASSET - UPJV, le 20 novembre 2020   73

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Photo ci-contre Pistacia lentiscus. H. Zell / Wikimedia, CC BY-SA

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 (du 2 au 12 octobre 2020 en métropole et du 6 au 16 novembre en Corse, en outre-mer et à l’international) dont The Conversation France est partenaire.

Voilà une éternité que les hommes ont eu l’idée de recourir aux plantes pour se soigner. Les plus vieux textes témoignant de cet usage médicinal ont été gravés sur des tablettes d’argile quelque 3000 ans avant J-C, dans l’ancienne Mésopotamie. On dispose par ailleurs d’inventaires recensant les plantes d’intérêt et les modalités de leur utilisation à travers l’Antiquité : ainsi dans le papyrus Ebers, daté du XVIe siècle av. J-C, le safran, le lotus bleu, l’encens, le chanvre et bien d’autres espèces végétales sont-elles listées parmi les quelque 700 substances auxquelles la médecine égyptienne d’alors faisait appel.

Livre arabe de drogues simples de la Materia Medica de Dioscoride. Cumin et aneth. c. 1334 Par Kathleen Cohen au British Museum de Londres. Wikimedia

Cette médecine par les plantes, qui s’est enrichie au fil des siècles avec les apports des Grecs et des Romains, d’Hippocrate à Galien,en passant par Pline l’ancien, reste très utilisée dans de nombreux pays en voie de développement. Et si en Occident les remèdes à base de plantes ont progressivement été remplacés par des médicaments issus de la chimie, les plantes n’en auraient pas moins un bel avenir médical devant elles…

Deux tiers des espèces végétales concernées…

En effet, d’après certains chercheurs, deux tiers des espèces végétales du monde auraient une valeur médicinale – notamment par leur grand potentiel antioxydant, c’est-à-dire leur capacité à réduire le stress oxydatif à l’œuvre dans de nombreuses maladies. Sans compter que la résistance aux antibiotiques pousse la recherche scientifique à développer des alternatives aux traitements habituels. Quelle place peuvent y occuper les plantes médicinales ?

En pratique, la plante est en quelque sorte une usine chimique miniature. Fonctionnant à partir de l’énergie solaire et des éléments minéraux fournis par le sol, elle synthétise et accumule dans ses tissus un ensemble de composés d’une grande diversité. Or parmi eux, se trouvent des métabolites dits secondaires, qui ne sont pas produits lors de la photosynthèse, mais au cours de réactions chimiques ultérieures. On y distingue plusieurs familles de molécules, à savoir principalement : des terpènes (où l’on trouve bon nombre de constituants des huiles essentielles), des alcaloïdes (dont font partie notamment la nicotine et la morphine), et des composés phénoliques (classe à laquelle appartiennent notamment les flavonoïdes responsables de la coloration des fleurs et fruits).

Ces métabolites jouent un rôle capital dans les interactions d’une plante avec son environnement. Ils ont en effet pour fonctions d’attirer des pollinisateurs, de repousser des prédateurs, ou encore de s’opposer à la croissance d’espèces concurrentes. Et s’ils ne sont fabriqués qu’en très petites quantités, les plantes augmentent leur production en cas d’agression ou de conditions physiques hostiles. Un procédé dont on peut tirer parti lorsqu’il s’agit de les extraire et de les valoriser, tant pour la fabrication de nouveaux médicaments que dans les secteurs des cosmétiques ou de l’agro-alimentaire.

Zoom sur les régions du bassin méditerranéen

Bien des régions du bassin méditerranéen pourraient tirer parti de la valorisation de leur flore, riche d’une grande variété de plantes aromatiques et médicinales. Parmi leurs plantes emblématiques, on peut citer le romarin, ou Rosmarinus officinalis.

Rosmarinus officinalis. Franz Eugen Köhler, Medizinal-Pflanzen de Köhler/Wikimedia

Appartenant à la famille des Lamiacées, aussi baptisées Labiées, cet arbrisseau qui apprécie les terrains secs et ensoleillés renferme une huile essentielle ayant fait l’objet de nombreuses études et aux propriétés antiseptiques connues de longue date.

Autre espèce caractéristique : le myrte, ou Myrtus communis, est un arbuste de la famille des Myrtacées qui était considéré comme symbole de Vénus, déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité sacré chez les Perses, les Grecs ou les Romains.

On lui connaît des propriétés antibiotiques et anti-inflammatoires. Et on l’utilise de maniére traditionnelle à différentes fins : ses feuilles sont recommandées contre les affections des voies respiratoires en Algérie, ses fruits pour soulager l’ulcère et les douleurs gastriques et ses fleurs pour faire cesser les diarrhées aiguës mais aussi traiter la toux et les rhinites en Tunisie, etc.

La lavande, de son nom latin Lavandula angustifolia ou L. officinalis, qui elle aussi fait partie de la famille des Lamiacées, présenterait comme le romarin des propriétés antiseptiques. Et comme tendent à le montrer certaines études, elle pourrait de ce fait présenter un intérêt pour la désinfection et l’hygiène en milieu hospitalier, notamment contre des souches devenues résistantes aux antibiotiques.

Mieux connaître le lentisque

Dans le cadre d’un doctorat de sciences à l’université de Picardie Jules Vernes, je travaille pour ma part sur le pistachier lentisque, ou Pistacia lentiscus, en cherchant à caractériser ses métabolites secondaires pour permettre de les utiliser à des fins pharmaceutiques et/ou cosmétiques.

Appartenant à la famille des Anacardiacées, cet arbuste à feuillage persistant d’un à trois mètres de haut, également arbre à mastic, est très commun dans les maquis du bassin méditerranéen. Et on lui prête depuis des siècles plusieurs vertus médicinales : on l’utilise notamment de façon traditionnelle en Algérie pour soigner la bronchite, l’asthme, la sinusite, l’eczéma, les brûlures… Qu’en est-il réellement ?

Pistacia lentiscus. Franz Eugen Köhler, Medizinal-Pflanzen de Köhler/Wikimedia

Jusqu’alors, quelque trente huit composés ont été identifiés dans ses huiles essentielles, parmi lesquels on note la présence majoritaire de terpènes. De plus, les huiles essentielles extraites de ses branches et de ses feuilles ont fait preuve d’une activité antibiotique contre plusieurs souches bactériennes. Quant à l l’huile essentielle extraite de ses fruits, elle s’est révélée présenter un effet anti-inflammatoire lorsqu’elle a été testée in vivo chez le rongeur. Enfin, d’après une étude récente, elle aurait également des effets antioxydants et anticancéreux in vitro.

Au bilan, la présence d’un grand nombre de composés et toutes leurs propriétés pourraient expliquer que l’on prête au lentisque différentes vertus médicinales. Et de fait, des études menées chez le rongeur ont pu confirmer l’effet cicatrisant de l’huile de lentisque sur les brûlures, ou d’extraits de feuilles ou de fruits contre l’hépatite et le diabète. Reste à mieux caractériser les métabolites secondaires de cet arbuste, en s’appuyant sur les nouvelles procédures de la métabolomique et en amont des tests cliniques d’innocuité et d’efficacité : c’est précisément la perspective que vise ce travail de thèse.

Article de  Doctorante au laboratoire BIOPI, Université de Picardie Jules Verne.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.