9/ Accompagner un collectif vers l'inclusion en culture scientifique

Publié par Ombelliscience -, le 18 août 2026

Cet article fait partie du dossier "Boîte à outils inclusion".

En bref

Ombelliscience, agence régionale de culture scientifique des Hauts-de-France, a coordonné de 2023 à 2026 la formation-action "Sciences pour toutes et tous en Hauts-de-France" (SPTT). Dans ce cadre, tout en se formant aux enjeux d'inclusion en partage des sciences, ses salarié·es ont accompagné un collectif d'une trentaine de professionnelles de culture scientifique sur ces enjeux.

En quoi a consisté cet accompagnement ? C'est ce dont rend compte le bilan de cette action dont on vous partage ci-après quelques données-clés.

Qu'en ont tiré l'association Ombelliscience et l'équipe de coordination comme apprentissages ? C'est ce que nous avions synthétisé en 2025 pour un article destiné au Bulletin de l'AMCSTI paru à l'occasion du Congrès national annuel 2025. C'est cet article que nous republions donc ici en guise de retour d'expérience et point de vue sur "les coulisses de SPTT".

En quoi a consisté l'accompagnement proposé par Ombelliscience dans "Sciences Pour Toutes et Tous" ?

La coordination de la formation-action :
un binôme de salarié.es d’Ombelliscience SPTT a été coordonné par un binôme de salarié·es (Arnaud
Lecroix et Marie Lemay) qui a pu compter avec l’appui technique et réflexif de la chargée d’observation et d’évaluation (Amanda Dacoreggio), de la chargée de communication (Aurélie Fouré) et du directeur d’Ombelliscience (Raphaël Degenne).
Ces 5 personnes se sont réunies régulièrement (mensuellement ou trimestriellement) pour piloter la formation-action et en assurer le suivi stratégique, logistique et budgétaire.

Un accompagnement de la coordination par deux formatrices et chercheuse : Catherine Oualian de l’Ecole de la Médiation et Clémence Perronnet de l’Agence Phare
Les salarié·es d’Ombelliscience se sont formé·es à l’inclusion en culture scientifique en même temps que les professionnelles accompagnées. Le binôme de coordination avait donc besoin
« d’être accompagné à accompagner ». Un soutien réflexif et méthodologique leur a été apporté durant 3 ans par Catherine Oualian, formatrice à l’Ecole de la Médiation, et Clémence Perronnet, chercheuse et consultante à l’Agence Phare. Grâce à des points réguliers avec elles, Arnaud Lecroix et Marie Lemay ont pu guider au mieux les professionnelles et prendre du recul avec les actions mises en œuvre. L’Agence Phare a également mené puis accompagné une étude sociologique auprès des publics exclus de la culture scientifique. Et Catherine Oualian a conseillé le binôme de coordination sur la manière de guider les personnes en cours de formation lors de « consultations » au cas par cas.

Des intervenant·es et expert·es mobilisé·es : 32 personnes issues de secteurs divers
Pour répondre aux besoins de formation du groupe, la coordination a fait appel aux personnes qu’elle avait identifiées comme expertes ou dotées d’expériences sur les questions d’exclusion culturelle.
Voici un aperçu de leur diversité :
• 4 chercheur·ses et consultant·es en sciences sociales
• 10 professionnel·les de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI)
• 8 personnes représentant ou portant la voix des personnes concernées par les exclusions
• 5 salariées d’associations d’éducation populaire
• 3 personnels de musées et actrice du patrimoine
• 2 facilitatrices graphiques

Comment s'est déroulée cette formation ?

Elle a été composée de :
• formations d’une à deux journées en présentiel ou d’1h30 à 2h en distanciel
• regroupements de deux jours deux fois par an, en présentiel
• webinaires d’initiatives inspirantes d’1h30 à 2h
• rendez-vous collectifs de partage d’expérience et d’entraide en visioconférence
• visites de la coordination sur les sites impliqués
• échanges individuels par téléphone ou visioconférence.

Le détail est à retrouver dans le bilan de l'action, en pages 12 et 13.

Ce qu'en ont retenu les 2 salariés chargés de la coordination :

Nous republions ci-après l'article écrit en avril 2025 pour le Bulletin de l'AMCSTI. 

Etre inclusif·ve en culture scientifique c'est accepter de "partager le pouvoir que nous donne le savoir" : une formation-action pour changer de regard sur les publics

Les exclusions sociales et les rapports de domination qui traversent notre société pénètrent aussi les lieux de culture scientifique. Regarder ce problème en face et trouver des solutions pour rendre nos structures inclusives est au cœur de la formation-action « Sciences pour toutes et tous » coordonnée par Ombelliscience depuis 2023 en Hauts-de-France. Marie Lemay, l’une des deux coordinatrices de ce programme cofinancé par la DRAC et la Région Hauts-de-France, en dresse ici un 1er bilan.

Une formation-action pour lutter contre les exclusions liées aux savoirs scientifiques

Les classes populaires, les femmes et les personnes non blanches sont souvent moins présentes dans les lieux et activités de culture scientifique [pour les sources sur ce sujet, relire le chapitre 1 de cette boite à outils]. Ces inégalités sociales s’y rejouent de manière plus ou moins visible. En avoir conscience est un premier pas vers l’inclusion. Le second consiste à remettre en question ses pratiques pour les modifier.

C’est ce que propose la formation-action « Sciences pour toutes et tous en Hauts-de-France (SPTT) », débutée en 2023 et qui réunit une trentaine de professionnelles [1]. Après une formation initiale animée par l’Ecole de la Médiation (EDM) et l’Agence Phare, des formations complémentaires et des webinaires d’initiatives inspirantes ont été organisés en 2024. En parallèle, deux salariés d’Ombelliscience animent des temps de regroupements et d’échanges de pratiques en visio, rendent visite aux personnes et les accompagnent dans leurs démarches.

Accompagner un collectif de professionnelles vers plus d’inclusion : points d’appui et difficultés identifiées côté coordination

Points d’appui

  • Un collectif d’entraide constitué des professionnelles impliquées dans SPTT et dans lequel l’écoute mutuelle et la convivialité sont encouragées.
  • Une charte d’engagements réciproques signée par chacune et impliquant l’employeur.
  • Un duo de coordinateurs homme/femme en posture d’écoute-conseil et d’accompagnement.
  • Des ressources et méthodes issues du groupe de travail inclusion de l’AMCSTI.
  • Des activités de suivi-accompagnement collectif.
  • Un éventail de méthodes proposées au collectif : auto-diagnostic des pratiques professionnelles ; enquête sur les publics pour identifier « en creux » les absent·es ; identification des « absent·es » dans les collections muséales pour « faire parler des exclu·es » ; cartographie des personnes-ressources en inclusion à proximité de sa structure ; entretiens collectifs avec des personnes n’ayant pas de pratiques culturelles scientifiques pour comprendre leurs contraintes et leurs envies.

Difficultés

  • Un passage à l’action retardé par les nombreuses formations proposées.
  • Un manque de connaissances sur les exclusions vécues par les classes populaires rurales et peu d’initiatives inclusives identifiées en médiation des sciences naturelles et physiques.
  • Le manque d’une mention, dans la charte d’engagements, sur les moyens donnés par l’employeur à la professionnelle pour passer à l’action.
  • L’hétérogénéité des structures à accompagner requiert une forte capacité d’adaptation des coordinateurs.

Changer ses pratiques en tant que professionnelle : points d’appui et difficultés

Points d’appui

  • Une sensibilisation à la sociologie pour comprendre les inégalités sociales et les rapports de pouvoir.
  • Une motivation à s’autoformer et une capacité à remettre en question sa posture face au public et son rapport aux savoirs.
  • La légitimité et le temps donné par l’employeur pour s’impliquer dans SPTT.
  • La capacité à prendre des initiatives en interne et à former ses collègues à l’inclusion.
  • Etre au moins deux professionnelles formées à l’inclusion au sein de la structure.
  • L’acceptation du principe de co-conception avec les publics.

Difficultés

  • Une compréhension de l’exclusion en sciences qui demande du temps et des rappels réguliers.
  • Une difficulté à passer à l’action et aller à la rencontre des publics exclus des sciences.
  • D’inégales habitudes de travail avec des partenaires extérieurs et acteurs du champ social.
  • Une implication difficile pour les bénévoles et les structures de petite taille.
  • Un décalage entre les ambitions inclusives affichées par la structure et les moyens dédiés.

Etre inclusif·ve en médiation scientifique c’est accepter de « partager le pouvoir que nous donne le savoir »

Etre inclusif c’est aussi…

  • concevoir avec les publics : faire pour les publics exclus mais sans eux c’est faire contre eux.
  • changer son point de vue sur les publics, écouter et recueillir leur parole.
  • éviter les termes « publics empêchés » ou « éloignés » qui postulent une responsabilité des personnes et masque la nôtre dans l’exclusion.
  • assumer que le « tout public » n’existe pas : faire des choix conscients et expliciter les pré-requis pour une activité.
  • exclure pour mieux inclure et pratiquer la non-mixité.
  • faire parler les absent·es et rendre visible les invisibles.

© Ombelliscience pour la photo de couverture.


[1] Sur les 31 personnes participant, 19 sont des femmes. J’utiliserai donc dans la suite du texte le terme « les professionnelles » au féminin.