7/ Communiquer

Publié par Ombelliscience -, le 17 août 2026   1

Cet article fait partie du dossier "Boîte à outils inclusion"

En bref

Au cœur de ton activité de « partage des sciences » il y a la communication : que ce soit pour annoncer l’atelier ou la visite que tu as préparé, pour échanger avec les publics pendant l'activité ; pour valoriser l’action menée après coup ; ou encore pour en rendre compte aux financeurs et partenaires.
Mais comment rendre chacun de ces moments et chaque support de communication inclusif ? ; Comment éviter que les objets culturels tels que les livres, les expositions, les films, les séries, les photos et illustrations soient vecteurs d'exclusion ? ; Et puis, langue inclusive, facile à lire, langage accessible, de quoi parle-t-on ?

On t'en dit plus ci-dessous. Avec, comme toujours, une liste de conseils, des outils concrets et un récit d’expérience.

C'est quoi et pourquoi c'est important?

Communiquer c’est entrer en relation...

Communiquer signifie étymologiquement « partager », « entrer en relation avec », « transmettre », « faire part ». C'est donc un dialogue dans lequel nos visions du monde (= nos « représentations ») et nos références culturelles sont véhiculées par un langage, des signes, des illustrations, des photos, du non-verbal et de l’implicite.
Si cet ensemble de signes est reconnu par le ou la destinataire, il y a compréhension et possible implication de celle-ci. S’il ne l’est pas, il y a exclusion. Tous ces signes doivent donc être considérées avec attention dans une communication inclusive.
Ces signes peuvent être excluants si la personne destinataire du message…

  • …n'est pas francophone,
  • …ne maîtrise par le lexique que nous utilisons (attention à nos jargons professionnels et aux acronymes !),
  • …est porteuse d'un handicap ou d'une incapacité à lire, entendre ou comprendre le message,
  • ne se sent pas représentée dans les photos ou illustrations utilisées ou dans le propos. Par exemple, en matière de genre, comme Clémence Perronnet le rappelle dans cette introduction à une étude réalisée en 2023, « les objets culturels contribuent à l’apprentissage des rôles genrés et des configurations sexuées en véhiculant des représentations des rôles et métiers. Les enfants peuvent être convaincus qu'un métier est accessible aux deux sexes en voyant quelques exemples de femmes qui l’exercent ».
  • ...se sent discriminée et stigmatisée par le langage employé... Car, oui, les mots "peuvent être discriminatoires sans que nous en ayons conscience" comme l'explique cette association suisse d'auto-représentation des personnes avec handicap. Et il en va de même concernant d'autres discriminations (relire à ce sujet le chapitre 4 de la boîte à outils).

On l’a vu dans les chapitres précédents, l’accès à la culture scientifique est un parcours semé d’embuches pour certain·es. Des exclusions peuvent se produire à plusieurs moments de la rencontre avec le public et, à chacun d’eux, la communication entre en jeu :

  • En amont de l’événement, quand on annonce l’atelier ou la visite (choix du canal de communication, informations données aux personnes en amont,...) ;
  • Pendant l’événement, suivant le langage (est-il accessible et adapté au public présent ? et les supports utilisés (les panneaux d’expositions, les cartels dans le musée ou les consignes sont-elles claires, lisibles,...?) ;
  • Après l’événement quand on fait le bilan de l’action (les remarques et points de vue des personnes présentes sont-elles valorisées ?; Rend-on compte de ce qu’elles ont réalisé ? ; Sont-elles représentées dans leur diversité ?;...).

A l'inverse, communiquer de manière inclusive c'est, comme l’indique ce Livre Blanc ("la communication inclusive, enjeux et bonnes pratiques", 2023) :

  • « faciliter la compréhension, la lisibilité et l’audibilité » (=élargir son audience),
  • représenter les minorités «  pour déconstruire les préjugés »
  • « lutter contre les inégalités et les discriminations » dans les supports de communication grand public (sexisme, LGBTQphobie, racisme, validisme, agisme).
©Ombelliscience, co-écriture de cette boîte à outils avec les participantes à SPTT et Catherine Oualian, mars 2026

Qu'est-ce qu'un langage accessible ?

Ici c’est la lisibilité qui est en jeu et la capacité du ou de la destinataire à recevoir le message. Ce terme concerne particulièrement des personnes porteuses de handicaps ou d'incapacités physiques ou cognitives qu'elles soient permanentes ou temporaires. Signes de sens qui nous a formé en 2024, nous a expliqué que ça recouvrait différentes méthodes :

  • Le Facile à lire et à comprendre – FALC : c’est une « méthode qui propose des règles pour aider les rédacteurs de documents à rendre l’information compréhensible aux personnes déficientes intellectuelles. La participation des personnes concernées dans la conception des documents est un des points clés de la méthode ». Murielle Molinier, maîtresse de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, a par exemple rédigé un résumé de sa thèse sur l’inclusion dans les musées en FALC. Et elle l’a fait relire par l’ESAT (Etablissement et Service d'Accompagnement par le Travail) de Castelnau-le-Lez (Occitanie)
  • Le Facile à lire : poursuit la même ambition que le FALC sans relecture par des personnes concernées. Par ailleurs, c’est aussi l’expression utilisée, en bibliothèque, pour catégoriser des livres destinés à réconcilier des personnes en difficulté avec la lecture ;
  • L’écriture claire : « c’est un style d’écriture qui vise à rendre le contenu textuel facilement compréhensible pour un large public. L’objectif est de communiquer de manière efficace en utilisant un langage simple, des phrases courtes, une structure logique et des explications claires ».
  • La Communication Améliorée et Alternative (CAA) : c'est un ensemble de stratégies et d’outils destinés à compenser des déficiences de la communication orale et écrite. Elle inclut des gestes, le langage des signes, des symboles, ou des technologies de communication assistée (pictogrammes ; claviers alphabétiques ; carnets de communication ; dispositifs électroniques de synthèse vocale ; ...)

Langue inclusive, langue égalitaire, de quoi parle-t-on ?

L’écriture inclusive suscite des polémiques car elle est souvent mal comprise. Notons d’abord qu’elle ne se résume pas au point médian qui est LE point de discorde. Il existe plusieurs autres manières de féminiser notre langue. On en parle dans la section d’après.
L’écriture inclusive vise à lever l’ambiguïté créée en français par l’usage du genre masculin comme genre neutre. Cet usage du neutre est problématique car il crée un biais sexiste. Comme l’explique la youtubeuse Scilabus études scientifiques à l’appui, « le masculin, dans sa forme neutre, n’est jamais neutre parce qu’il crée une image masculine [dans le cerveau] peu importe l’intention qu’on avait au moment de l’écriture ». 
Des études scientifiques
 « montrent que l’usage [de l’écriture inclusive] s’avère efficace pour réduire certains stéréotypes induits par l’usage systématique du masculin neutre. ». Une langue plus égalitaire réintroduit les femmes et filles dans les images mentales qu’on se fait en lisant ou en entendant un nom de métier par exemple.
Rappelons aussi que le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin (extrait de ce guide québécois en page 10) :

Guide de communication inclusive, Université du Québec, page 10

Enfin, une communication égalitaire c’est aussi une communication qui lutte contre tous les préjugés et pas seulement le sexisme : soyons aussi attentifs aux expressions véhiculant du racisme, du mépris social ou des préjugés sur les personnes porteuses de handicaps.

Comment le faire ? Avec quels outils ?

Voici quelques-uns des outils qui nous ont été recommandés ou que nous avons utilisés. Cette liste n’est pas exhaustive. N’hésite pas à nous faire part de tes retours d’usage ou d’autres outils que tu connais (écris à lemay@ombelliscience.fr ).

Mais, avant de te plonger dans cette liste, commence par diagnostiquer ta communication grâce aux questions 6.1 et 6.2 du KADEIloscope (« Proposez-vous des informations spécifiques aux publics pour qu’ils préparent leur venue ? » ; « avez-vous réfléchi à la communication inclusive de votre projet ? »).

Être attentif à la manière d’inviter les personnes à venir :
ATD Quart Monde dans son guide « réussir la participation de toutes et tous », a demandé à des personnes en situation de pauvreté ce qui les freinait en termes de communication. Voici quelques-unes de leurs réponses :

Guide "Réussir la participation de toutes et tous", ATD Quart Monde

et les pistes de solution qu’ils ont identifiées avec des travailleurs sociaux et des élus :

Guide "Réussir la participation de toutes et tous", ATD Quart Monde

Cela rejoint les propos des personnes interviewées par Ombelliscience durant l’enquête sur les publics exclus de la culture scientifique :

Enquête sur les publics exclus de la culture scientifique, Ombelliscience

Mémos pratiques et brefs pour le web, l’oral, l’écrit, etc

Le document « Communiquer pour tous - Guide pour une information accessible » dirigé par J. Ruel et C. Allaire pour Santé Publique France en 2021 se décline en 8 « memo pratiques » de 2 pages pour communiquer à l’écrit, sur le web, en images, etc.

Synthétique et efficace !

Outils d’analyse en ligne :

  • Analyser la lisibilité : SCOLARIUS analyse le niveau de difficulté d’un texte en fonction de la longueur des mots, des phrases et des paragraphes.
  • Analyser l’accessibilité d’une page web : WAVE permet d’évaluer l’accessibilité tes contenus Web.
  • Tester les contrastes et couleurs : WEBAIM et WHOCANUSE analysent la façon dont le contraste des couleurs peut affecter différentes personnes ayant une déficience visuelle.

Une police de caractère spécialement conçue pour les personnes malvoyantes : La Luciole

Ce projet est le résultat de plus de deux années de collaboration entre le Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle et le studio typographies.fr. Il a bénéficié d’une bourse de la Fondation suisse Ceres, de l’association des PEP69 et de l’appui du laboratoire DIPHE de l’Université Lumière Lyon 2.

Représenter des humains : points de vigilance
Pour être le plus inclusif possible, diversifie les personnes représentées sur tes supports de communication en termes de genre, d’âge, d’origines sociales ou ethniques, de handicaps, etc.
Ces banques d’images libres de droit peuvent t’y aider : https://www.pexels.com/fr-fr/ ; https://picnoi.com/ et https://affecttheverb.com/collection/
Pense aussi à t’interroger sur la manière dont tu représentes les personnes : dans quel environnement ? dans quelle position ? Veille à ne pas reproduire des stéréotypes genrés ou sexistes (la femme assistante du chercheur…). Ce guide belge peut t’y aider, en page 29 à 31.
Réutilise aussi cet outil d’analyse des représentations véhiculées dans tes supports de médiation et présenté en chapitre 6.

Langage visuel et facilitation graphique.

© Amanda Dacoreggio

Durant la formation Sciences Pour Toutes et Tous (SPTT), nous avons été formées à la facilitation graphique par Solenn Bihan et Héléna Salazar (coopérative On est bien là). Cette méthode visuelle qui simplifie des concepts complexes, utilise des visuels pour aider à comprendre, rend les discussions plus interactives, encourage la participation et dépasse les barrières linguistiques est levier d’inclusion.

Attention, cependant, à ne pas y reproduire certains stéréotypes dans nos dessins comme le fait remarquer Supertilt dans ce billet de blog.

Langue égalitaire / langue inclusive
Pour une langue égalitaire, privilégie les termes épicènes (qui ne contiennent pas la marque du genre masculin ou féminin comme « personne » ou « équipe ») ; féminise les noms de métiers, appliquent l’accord de majorité ou de proximité, évite l’utilisation de mots dits universels comme « homme » pour parler de l’Humanité. Le point médian (alt+250 sur les claviers) est plutôt à utiliser en dernier recours car il peut provoquer des difficultés de lecture pour les dyslexiques. Autant de préconisations listées ici par Eliane Viennot, professeuse émérite de littérature de la Renaissance. Pour une communication respecteuse de toutes les identités de genre et sexuelle, le « Guide pour une communication équitable » écrit par Aix Marseille Université (AMU) propose, en page 42, quelques principes en communication orale, écrite et visuelle.

Communication inclusive en audios et vidéos : le « guide de communication inclusive » créé par Equal Brussels donne quelques conseils des pages 33 à 35.  

Et dans l’organisation d’événements, à quoi être vigilant·e ?
Sur le sujet des stéréotypes de genre, ce document, rédigé par des services de l’Etat en Normandie, te sera utile.

Ce que nous avons observé : témoignages, usages et retours d'expérience

© Poupilipapou, Petits Gros Mots, 2025

Guide interne pour une communication inclusive

Au sein d’Ombelliscience, Aurélie Fouré, chargée de communication et des médias, a élaboré un guide pour une communication inclusive à l’usage des membres de l’association et des salarié·es. Il s’agit des choix faits par l’association pour répondre aux problèmes présentés dans ce chapitre. Cela ne constitue en rien une réponse unique et universalisable. Ces préconisations ont été discutées et validées par le conseil d’administration et sont amenées à évoluer.

Sylvain Lecomte est phytobiologiste et vulgarisateur au sein des Scientivores.

Il nous a expliqué avoir « adapté son discours » suite à la formation SPTT: « je féminise les mots par exemple. Quand j’utilise un terme technique, je veille aussi à ne pas faire comme si son sens était évident et connu de tous ou super compliqué, je l’accompagne tout de suite d’une définition. […]

Dans les références scientifiques que j’emploie et selon les thèmes que j’aborde, je ne cite pas que les scientifiques les plus célèbres mais je m’efforce d’aller rechercher des scientifiques moins connus et attestant, quand c’est possible, d’une diversité sociale, de genre ou de couleurs de peau. Par exemple, quand je parle de la gravité, je ne cite pas que Newton ! Et quand je ne trouve pas, je le pose de manière honnête comme un problème : "les sciences ont été plutôt faites par des blancs, des hommes, de milieux favorisés".

© Poupilipapou, Petits Gros Mots, 2025