De la cocaïne sur tous les billets testés : l'expérience surprenante de lycéens en stage de découverte à l'ULCO
Publié par Pierre-Edouard Danjou, le 8 juillet 2026 1
Le 24 juin dernier, dans les laboratoires de l'Université du Littoral Côte d'Opale, quelques billets de banque ordinaires, sortis tout droit des porte-monnaie des élèves eux-mêmes, s'apprêtaient à livrer un secret qu'aucun d'entre eux n'avait vu venir. Pour clore en beauté leurs deux semaines d'immersion à l'ULCO (15-26 juin 2026), les stagiaires de seconde ne se sont pas contentés de visiter des laboratoires : ils ont mené eux-mêmes une véritable expérience de chimie analytique, avec un résultat qui a surpris les élèves !
Des traces de cocaïne sur tous les billets testés : une expérience de chimie analytique menée par des lycéens de seconde
Combien de billets de banque ont déjà servi, de près ou de loin, à une transaction de stupéfiants ? La question peut surprendre, mais elle est au cœur d'un phénomène bien connu des chimistes analystes : la contamination quasi généralisée des billets de banque en circulation par des traces de cocaïne. [1] C'est ce constat que nous avons pu vérifier nous-mêmes à l'Université du Littoral Côte d'Opale (ULCO), à l'occasion de l'accueil d'élèves de secondes venus découvrir le monde de la recherche.
Deux semaines d'immersion, un après-midi d'expérimentation

Du 15 au 26 juin 2026, un groupe de lycéens de seconde a passé deux semaines complètes à l'université, au fil d'un programme dense : visites de laboratoires (LPCA, UCEIV, CCM, LOG...), conférences sur les lasers ou la spectroscopie, ateliers sur le bilan carbone, présentations de travaux de thèse, et bien sûr, de véritables travaux pratiques de chimie. C'est au cours de l'une de ces séances, dans les laboratoires de TP, que les élèves ont mené une petite expérience de recherche, à partir de billets qu'ils avaient eux-mêmes apportés de chez eux : rechercher la présence de traces de stupéfiants à l'aide d'une technique de pointe, la chromatographie couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (LC-HRMS).
C'est le même matériel de pointe qui avait été utilisé pour des travaux de recherches consacrés à l'étude des composés émis par l'asphalte de nos routes !
Comment détecte-t-on des traces invisibles à l'œil nu ?

Le principe est simple à comprendre, même si les instruments utilisés sont très sophistiqués. Chaque billet a été plongé quelques minutes dans 10 mL d'éthanol, afin d'en extraire les molécules déposées à sa surface (poussières, résidus, traces chimiques diverses) sans l'endommager ni le souiller. Une fois séché, chaque billet a pu être rendu à son propriétaire sans aucun risque ! La solution d'éthanol ainsi obtenue a ensuite été injectée dans un appareil qui commence par séparer les différentes molécules qu'elle contient (c'est la chromatographie), avant de les identifier avec une précision redoutable grâce à leur masse exacte (c'est la spectrométrie de masse haute résolution). Cette technique permet de détecter des quantités infimes de substances, de l'ordre du nanogramme, invisibles et difficilement détectables autrement.
Six billets testés, six positifs
Sur les six billets analysés par les lycéens, tous se sont révélés positifs à la cocaïne. Ce résultat, aussi frappant soit-il, n'a rien d'exceptionnel : plusieurs études internationales ont déjà montré que la grande majorité des billets en circulation, y compris ceux qui n'ont jamais été utilisés directement dans une transaction de drogue, portent des traces de cocaïne.[2] La raison est simple : les billets contaminés se touchent, s'échangent, passent dans les mêmes compteurs automatiques dans les banques et les commerces, et contaminent ainsi progressivement l'ensemble de la masse monétaire en circulation. Le fait que les billets testés proviennent directement des porte-monnaie des élèves et de leurs familles rend le résultat d'autant plus parlant : il ne s'agissait pas de billets sélectionnés pour l'expérience, mais bien d'un échantillon « du quotidien ».

Résultats expérimentaux de recherche de cocaïne sur un billet de 20 euros apporté par un lycéen.
Plus surprenant, l'un des six billets contenait également des traces de kétamine, une substance utilisée à la fois comme anesthésique en médecine vétérinaire et humaine, et détournée comme drogue récréative. Sa présence sur un billet suggère un usage ou une manipulation plus directe, bien qu'il soit impossible de remonter à l'origine exacte de cette contamination.
Un résultat scientifique, pas une accusation
Il est important de le rappeler : la présence de traces de stupéfiants sur un billet ne signifie absolument pas que son ou ses détenteurs successifs en ont consommé ou en ont fait commerce. Ces molécules circulent par contact, de billet à billet, insensiblement, au fil des échanges. C'est précisément ce qui rend cette expérience si parlante : elle montre à quel point notre environnement quotidien (ici, la monnaie que nous manipulons tous les jours) peut porter la trace invisible de phénomènes sociétaux plus larges.
Une expérience formatrice
Au-delà du résultat en lui-même, ces deux semaines d'immersion, ponctuées de cette séance de travaux pratiques, auront permis aux élèves de découvrir concrètement les métiers de la recherche, la rigueur nécessaire à la préparation d'échantillons, et la puissance des outils d'identification moléculaire modernes. Une belle manière de rendre tangible, pour de jeunes lycéens, ce que peut être la recherche scientifique au quotidien.
À lire aussi sur Echosciences : L'asphalte sous haute surveillance (Pierre-Edouard Danjou) et L'Animaconf de l'ULCO passe en mode collaboratif (Patrick Augustin) — deux articles qui montrent, chacun à leur manière, comment l'ULCO met la recherche de pointe et l'accueil de lycéens au service de la science ouverte à tous.
