Témoignage de Julien Rousseau : « La formation SPTT m’a apporté une ouverture plus large de ce qu’on entend par ‘inclusion’, au-delà de l’entrée ‘handicaps’ »
Publié par Ombelliscience -, le 12 janvier 2026 46
Julien Rousseau est chargé de développement des publics de l’Ecomusée de l’Avesnois (59). Dans le cadre de sa participation à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, Julien a été interviewé par Ombelliscience le 13 novembre au sujet de son cheminement vers plus d’inclusion dans sa pratique professionnelle.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Julien Rousseau : Je travaille à l’Ecomusée de l’Avesnois où je suis chargé de développement des publics avec la référence « diversité et inclusion ». Il y a deux autres chargés de développement : un sur les publics scolaires, l’autre sur les publics individuels. L’Ecomusée est constitué de deux sites : une ancienne verrerie à Trélon et une ancienne filature à Fourmies. Ce sont à la fois des musées et lieux de pratique et de production. Notre lien à la CSTI ce sont les bâtiments eux-mêmes, les infrastructures et les machines de production ainsi que les 80000 objets de collection qui permettent d’aborder de multiples sujets scientifiques. Cela peut aussi passer par une exploration technique des machines utilisées ou par une mise en lien avec la révolution industrielle - période à laquelle ces industries ont prospéré – et avec l’analyse des énergies utilisées au 19ème siècle pour faire fonctionner ces usines. Aujourd’hui, on ouvre ces lieux aux questions contemporaines telles que les contraintes énergétiques actuelles et leurs enjeux écologiques.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
JR : c’est vraiment ne mettre personne de côté. C’est rendre accessible le contenu pédagogique et scientifique à toutes et tous quelle que soit la personne, son handicap, ses besoins, ses spécificités… C’est ne laisser personne au bord du chemin tant en termes de publics que d’usagers du musée en général : collègues, artistes accueillis à Fourmies, agent de La Poste qui amène le courrier, etc.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
JR : c’est une bonne question. Elles devraient l’être car elles nous concernent toutes et tous mais malheureusement elles ne le sont pas : l’université est ouverte aux femmes mais il y a très peu de femmes en sciences, les contenus dans les musées sont souvent lus par des voix d’hommes… Tout ça ce sont des choses qu’on ne voit pas tant qu’on n’a pas mis le doigt dessus. C’est grâce à « Sciences pour toutes et tous » que je les ai vues.
ML : Au sein de votre structure, quel a été ou quel serait le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
JR : je pense qu’à l’Ecomusée l’approche inclusive est assez ancienne et même antérieure à mon poste qui a été créé en 2019. Il y a toujours eu une démarche inclusive. Elle a d’abord été appréhendée sous l’angle de l’accessibilité pour les personnes porteuses de handicaps. La présence d’un ESAT (Etablissement et Services d'Accompagnement par le Travail) sur le site de Trélon y a beaucoup contribué. Sur l’Avesnois, en général, il y a beaucoup de structures qui prennent en charge le handicap et les personnes en difficulté sociale. C’est un public qui vient souvent dans nos musées donc il y a une volonté de bien l’accueillir.
Plus récemment, on a souhaité élargir cette approche et dépasser le public en situation de handicap, pour s’ouvrir à tous les publics, quelques soient leurs besoins. Ça s’est renforcé suite à un audit mené par Signes de sens et le RECIT dont on a été partenaire dès le début. Ensuite se sont ajoutés d’autres partenariats sur ces questions : Ombelliscience avec la formation « Sciences pour toutes et tous », le Trait d’Union, etc.
A présent, il y a aussi les publics qu’on intègre dans les projets comme celui autour de la malle pédagogique que je co-conçois avec des personnes du Bol vert, des jeunes de l’IMPro et d’autres. Plus que des publics, ces personnes sont de véritables actrices du musée. L’Ecomusée est un musée de territoire qui se fabrique avec les habitants donc c’est naturel de « faire avec », ça fait partie de l’essence du lieu.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme « Science pour toutes et tous » ?
JR : la 1ère chose c’est une ouverture plus large de ce qu’on entend par « inclusion », au-delà de l’entrée « handicaps ». Cette vision plus large s’est concrétisée au fil des 3 années… Au début c’était théorique mais, sur l’exclusion liée au genre, je l’ai vu très vite en faisant le lien entre ce qu’on apprenait en formation et ce que je repérais dans nos collections : dans nos textes d’expo, on parle en permanence du travail des femmes qui représentent une part importante de la main d’œuvre dans le secteur textile et pourtant on a écrit « les ouvriers » au masculin ! ça, ça a été vraiment concret !
Ensuite, pour moi, ça a aussi été le fait d’aller chercher les publics auxquels je ne pensais même pas et qui, pourtant, quand on les rencontre, sont une évidence.
La rencontre avec Christelle Sohier de la coordination nationale Pas sans Nous lors de la formation a été un tournant… A ce moment-là, à l’Ecomusée, on inaugurait une exposition intitulée « Visages de l’Avesnois ». J’ai fait le parallèle avec son témoignage et j’ai réalisé que moi-même, à un moment, j’avais vécu des formes d’exclusion… Je me suis identifiée à elle… Maintenant c’est à nous d’aller nous connecter avec ces publics-là.
De manière plus générale, SPTT nous a donné une grosse mallette à outils et nous a fait rencontrer des gens. Ça nous a apporté un carnet d’adresses et des partenariats qui vont se poursuivre. Il y a eu des formations qui ont été très utiles comme celle sur la facilitation graphique et aussi des témoignages du type de celui de la Caravane des médias avec leur approche de l’itinérance et du « aller vers » qui m’a fort inspiré. Je l’ai intégré tout de suite à mon projet de mallette pédagogique en me disant que j’allais en faire un outil de médiation, de diffusion et un outil pour aller à la rencontre des publics.
Enfin, on a noué des liens entre professionnels participant à la formation. J’ai ainsi rencontré le chargé de mission culture scientifique de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF) grâce à qui on a a organisé des visites de l’Ecomusée pour les étudiants de l’UPHF. Cette idée lui est venue suite au 2ème regroupement régional de SPTT qui s’est tenu chez nous !
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment…à votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
JR : mon regret est de ne pas avoir intégré tout de suite ce projet de mallette pédagogique comme sujet d’apprentissage dans SPTT. J’aurais pu avancer davantage si je l’avais choisi dès le début. J’aurais aussi aimé avoir plus de temps… Mon poste n’est pas à temps complet sur ces questions d’inclusion – je fais aussi beaucoup de médiations - mais j’aimerais avoir un engagement central sur le sujet.
Du côté des rendez-vous proposés par Ombelliscience, j’aurais aimé avoir des échanges plus réguliers avec vous. Mais je sais que vous aviez déjà un gros réseau à gérer et que vous avez fait ce que vous avez pu.
Je pense qu’on a aussi manqué de temps pour échanger davantage avec les autres professionnels. Il y a eu une demande en ce sens dans le groupe. Mais, là encore, on a tous manqué de temps. Si on avait eu trois regroupements régionaux par an [au lieu de deux], ça aurait été génial : on aurait pu travailler tous ensemble comme si on était des collègues directs ! Malgré ces limites, les contacts se sont créés et le carnet d’adresse est fait. A nous maintenant de maintenir ces liens.
Photo (c) Ecomusée de l'Avesnois
