Témoignage de Nathalie Millot : « Ce que je voudrais vraiment, c’est faire de la co-construction et la systématiser »

Publié par Ombelliscience -, le 13 mai 2026

Nathalie Millot est responsable de la médiathèque communautaire de Beaucamps-le-Vieux (80). En tant que participante à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, elle a été interviewée par Ombelliscience le 9 janvier 2026. Elle raconte son cheminement pour être plus inclusive dans sa manière de travailler et de partager les sciences.

Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?

Nathalie Millot : la médiathèque communautaire de Beaucamps-le-Vieux fait partie du réseau de lecture publique de la Communauté de Communes Somme Sud-Ouest qui s’étend sur un territoire de 39 000 habitants, 119 communes et 909 km2 au sud-ouest d’Amiens. Ce réseau est composé de 7 médiathèques communautaires et d’une bibliothèque municipale. Notre lien aux sciences passe par le fait que nous proposons des livres dédiés aux sciences pures et aux sciences et techniques et que nous avons vocation à contribuer à la formation des individus tout au long de la vie. A ce titre, organiser des actions de médiation autour de ces collections scientifiques est un de nos rôles. On le fait en participant à la Fête de la science depuis de nombreuses années et certaines bibliothèques du réseau animent même des clubs science.


ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?

NM : c’est écouter et parler à tout le monde en veillant à ce que le message puisse être reçu. C’est aussi aller chercher les publics qui ne viennent pas et s’adapter ou adapter son discours.

ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?

NM : pour moi les sciences sont quand même peu inclusives. Même si elles constituent l’ensemble de connaissances dont les individus peuvent avoir besoin à un moment pour se maintenir en vie ou comprendre le monde dans lequel ils vivent, elles excluent par leur langage trop technique, parce qu’elles nécessitent souvent des pré-requis et qu’elles demandent du temps. Et puis, il faut du temps pour acquérir de nouvelles connaissances : se concentrer, faire preuve d’attention, ce n’est pas forcément léger, cela requiert un engagement. Comprendre ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire en survolant, c’est plus exigeant que de lire de la fiction : la fiction tu peux la survoler avec légèreté, c’est une distraction. Les sciences ça demande un engagement cognitif.

ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?

NM : mon premier pas ça a été de mettre en pratique le focus groupe(1) auprès des personnes exclues des sciences. En plus de cela, je souhaite me baser sur le questionnement des individus, prendre le temps d’aller à leur rencontre dans des temps propices pour les écouter, comprendre ce qui peut les intéresser et imaginer des activités plus adaptées à eux. Ce que je voudrais vraiment c’est faire de la co-construction et la systématiser. Le club sciences que je propose pour les jeunes répond à une demande de leur part. Mais pour les adultes, c’est plus compliqué de trouver le format qui leur plaira. Il faut pouvoir les rencontrer, pouvoir aller parler à plein de gens, dans plein de lieux. Ce que j’aimerais, c’est faire intervenir un scientifique au PMU par exemple, mais comme ce n’est pas un lieu que je fréquente, il y a des choses à anticiper avant… Pour parler à plein de gens différents il faut aller les côtoyer là où ils sont et peut-être qu’après ils viendront dans les lieux culturels… Mais ça nécessite énormément de temps et de la patience.

ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?

NM : ça m’a apporté beaucoup parce qu’on a vécu les mêmes choses pendant 3 ans avec des gens d’univers très différents. On a tissé des liens, on a vécu des moments de vie. Sur les regroupements régionaux(2), on est sortis de notre quotidien, ce ne sont pas les mêmes types de relations qu’on développe que lors d’une formation d’une journée.

Les contenus de formation étaient très intéressants. Être mis en situation, expérimenter nous-mêmes les outils, c’est un vrai plus. Ça nous a rappelé la nécessité de "descendre de vélo pour se regarder pédaler" et être plus en posture réflexive et de recul par rapport à nos actions. J’ai appris beaucoup de choses. Je valide autant la forme que le fond. Dans les outils que je retiens, aux côtés de beaucoup d’autres, il y a la méthode du focus-groupe et le « [Kadeiloscope](_blank ». J’ai aussi été marquée par la formation initiale avec Catherine Oualian de l’Ecole de la Médiation : ça m’a ouvert les yeux sur certaines réalités.

ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?

NM : je ne changerais rien à part la dropbox(3) : j’aurais préféré qu’on ait un vrai serveur pour se partager les ressources. Et j’aurais aussi voulu participer avec une collègue de mon réseau. C’est facilitant d’être au moins deux dans ce type de démarche pour pouvoir se nourrir, se soutenir.

Cela a été très enrichissant d’aller voir les autres professionnelles dans leurs structures [lors des regroupements régionaux], de voir d’autres formats de médiation et de voir comment ils travaillent.

Merci à Ombelliscience, merci à la Région et à la DRAC qui ont financé ce programme parce que c’est vraiment nécessaire !


(1) Les focus groupes ou entretiens collectifs sont une méthode d’enquête utilisée dans le cadre de la formation-action SPTT pour recueillir la parole et les usages et attentes des personnes qui sont exclues des sciences et techniques. Vous pourrez retrouver le rapport de cette enquête ainsi qu’une présentation de la méthodologie utilisée ici

(2) Lors des deux dernières années, les professionnelles se sont regroupées toutes et tous au moins deux fois par an sur des sessions de deux jours à chaque fois : deux jours en février et deux jours en novembre. L’occasion de poursuivre la formation, de faire venir des témoins, de faire de l’échange de pratiques et de construire un groupe soudé.

(3) Pour le partage d’outils et ressources à destination des professionnelles, Ombelliscience utilisait une dropbox où étaient déposés les documents.

Photo © Clément Foucard / Ombelliscience