1/ Comprendre et se former : « inclusion », de quoi parle-t-on ?

Publié par Ombelliscience -, le 11 mai 2026   41

EN BREF

Si vous pensez qu'inclusion et accessibilité sont synonymes ; si vous croyez qu'être un lieu ouvert à tous, suffit à être inclusif ; ou si vous supposez que l'absence de certains publics est due à leur manque d’intérêt pour les sciences, lisez cet article !

Si vous avez déjà compris cela mais que vous souhaitez savoir ce qu'on entend par "inclusion" ici, c'est là aussi !

L’accessibilité n’est qu’un aspect de l’inclusion. Les exclusions liées aux handicaps sont la face émergée de l'iceberg : d'autres exclusions sociales et culturelles existent et sont tout autant problématiques.

Comprendre les mécanismes d'exclusion permet de ne pas les reproduire. Et comprendre nos propres préjugés permet de ne pas les laisser imprégner nos pratiques professionnelles.

On vous en dit plus ci-dessous en quelques idées-clés, ressources à lire ou à tester et témoignages de professionnel·les qui sont passé·es par là.

C'EST QUOI L'INCLUSION ET POURQUOI C'EST IMPORTANT ?

Qu'est-ce que l'inclusion ?

D'après la Laidlaw Foundation « l’inclusion sociale consiste à faire en sorte que tous les enfants et adultes aient les moyens de participer en tant que membres valorisés, respectés et contribuant à leur communauté et à la société. »

Parler inclusion, c'est aller au-delà des problématiques liées à l'accessibilité et aborder les questions d'égalité, d'équité, d'exclusion, de ségrégation et d'intégration (voir ce schéma inspiré de la formation dispensée par l'Ecole de la médiation sur le sujet). C'est se demander "pour qui est la culture" ? Et, pour en parler, l'Alliance américaine des Musées utilise depuis 2015 l'acronyme "ADEI" pour "Accessibilité Diversité Equité Inclusion" (lire la synthèse de l'Ecole de la Médiation "Publics exclus, outils de la recherche pour des institutions plus inclusives" p3 à 9).

Certains groupes sociaux sont peu ou pas présents dans les activités de culture scientifique parce que les inégalités sociales, économiques et culturelles qui traversent notre société pénètrent nos universités, musées ou associations scientifiques.

Les rapports de force que génèrent ces inégalités s’y reproduisent et provoquent de l’exclusion : une exclusion liée au genre, à la classe sociale, à l’origine ethno-raciale[1], aux handicaps ou encore, au lieu de vie. Les chiffres suivants illustrent ces inégalités dans l’accès aux études et carrières scientifiques :

  • A la rentrée 2025, en France, les filles ne sont que 33,7 % à suivre la spécialité "mathématiques" en terminale, contre 58,8 % des garçons[2]
  • En 2023, seulement 3 chercheurs sur 10 sont des femmes[3]
  • Il y a 30% de lycéens et lycéennes d’origine sociale défavorisée en France mais seulement 17% d’entre eux en Terminale spécialité mathématiques ; 11% en classes préparatoires scientifiques ; moins de 10% dans les grandes écoles scientifiques et moins de 7% qui ont un doctorat[4]
  • Aux Etats-Unis, il y a 17% d’élèves noirs et 25% d’élèves hispaniques au lycée mais seulement 11% d’élèves noirs et 18% d’élèves hispaniques suivent le cours « Algèbre 1 » ; 5% de personnes noires et 11% de personnes hispaniques en licence de mathématiques ; et 4% de personnes noires et 6% de personnes hispaniques titulaires d’un doctorat de mathématiques[5].

Ces inégalités sont problématiques car les sciences permettent d’accéder à des emplois socialement plus valorisés et mieux rémunérés et sont donc un levier de mobilité sociale. En outre, des équipes de recherche peu diversifiées peuvent reproduire, sans le vouloir, des biais cognitifs dans la production des connaissances[6]. Ces exclusions contreviennent à l’idéal égalitaire et au principe de non-discrimination promu par l’Etat français et se reproduisent dans l’accès à la culture scientifique. Pratiquer l’inclusion relève donc d’une exigence démocratique et d’un enjeu de justice sociale. En tant que professionnel·les du partage des sciences et techniques, nous avons une responsabilité à agir face à ces inégalités pour ne pas les reproduire.

© Ombelliscience

COMMENT RENDRE NOS PRATIQUES PROFESSIONNELLES PLUS INCLUSIVES ?

Pour rendre nos pratiques professionnelles plus inclusives, nous devons : 

  • comprendre les mécanismes d'exclusion existant dans l'accès aux savoirs;
  • regarder en face les inégalités sociales existant dans les activités et musées de science ;
  • renverser notre point de vue pour comprendre en quoi les activités et lieux de culture scientifique sont excluants pour certaines personnes;
  • assumer qu'en tant que professionnel·les, nous sommes parfois excluants sans le savoir et porteurs·ses de préjugés sur les publics;
  • accepter de nous "décentrer" et de remettre en question nos pratiques ;
  • oser bousculer nos routines professionnelles.

Pour cela, il est important de commencer par se former à la démarche inclusive. L'Ecole de la Médiation propose la formation "Favoriser l'inclusion sociale en médiation scientifique" qui a été suivie par les participants à la formation SPTT.

Comprendre les mécanismes d'exclusion n'est pas simple car ce sont justement des mécanismes, des habitudes ancrés dans notre société, dans nos manières de vivre, de penser et d'agir avec les autres et, par conséquent aussi, dans nos pratiques professionnelles. Remettre en question nos habitudes de travail requiert du temps et des échanges en collectif d'entraide pour progresser. C'est ce que propose le groupe inclusion régional lancé par Ombelliscience en mars 2026 (pour le rejoindre, contactez Marie Lemay à lemay@ombelliscience.fr ).

AVEC QUELS OUTILS LE FAIRE ?

Avant d'agir, il y a quelques lectures indispensables :

  • ..en 40 mn : L'enquête sur les publics exclus de la CSTI portée par Ombelliscience et co-réalisée avec Phare. Elle permet d'avoir une analyse des facteurs d'exclusion à partir du témoignage des personnes qui les vivent

Quelques outils pour se situer par rapport aux inégalités :

  • ...dans la (dé)formation vers plus d'inclusion : [schéma de l'escalier - lien à venir]

CE QUE NOUS AVONS OBSERVE : RETOURS D'EXPERIENCES ET TEMOIGNAGES

  • Témoignage de Justine Dubail Rulkin, chargée de communication et de développement des publics au Centre Historique Minier de Lewarde (59) :
    « pour moi c’est une notion assez vaste. J’aime bien la résumer en disant que c’est faire avec les publics et non pour eux. Cela implique de ne pas présupposer les attentes des personnes mais de leur demander directement leurs envies et besoins. Et ça nous oblige à nous décentrer de notre position de professionnel-les de la culture voulant transmettre des connaissances. L’inclusion c’est aussi faire accéder aux lieux, permettre que les personnes se sentent légitimes à entrer dans notre musée, qu’elles se sentent ici chez elles et à l’aise. Essayer de lever les freins à leur venue, c’est déjà le premier pas et il peut être compliqué. »
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  • Témoignage de Benoit Morel, chargé de culture scientifique et numérique pour le réseau de médiathèques du Beauvaisis : 

« Ce programme, c’est aussi une invitation à se remettre en question, à repenser les notions qui nous structurent…à sortir des clichés et s’interroger en son for intérieur, ce qui n’est pas si commode ou agréable : j’ai conscience qu’il y a une hiérarchie sociale et que je suis privilégié […] » 

  • Julien Rousseau, chargé de développement des publics à l’Ecomusée de l’Avesnois (59) :

« [SPTT m’a apporté] une ouverture plus large de ce qu’on entend par ‘inclusion’, au-delà de l’entrée ‘handicaps’. […] Sur l’exclusion liée au genre, je l’ai vu très vite en faisant le lien entre ce qu’on apprenait en formation et ce que je repérais dans nos collections : dans nos textes d’expo, on parle en permanence du travail des femmes qui représentent une part importante de la main d’œuvre dans le secteur textile et pourtant on a écrit ‘les ouvriers’ au masculin ! ça, ça a été vraiment concret ! »


[1] Comme l’explique la sociologue Clémence Perronnet, « Le terme ne signifie pas qu’il existe des « races » par nature ou par essence qui distinguent les êtres humains, mais décrit au contraire un fait social : la racialisation. Cela désigne le processus par lequel des personnes sont différenciées d’un groupe majoritaire (en contexte occidental, les personnes blanches) du fait de certaines caractéristiques désignées comme minoritaires (la couleur de la peau, la consonance du nom, l’accent, la nationalité, l’origine migratoire, la religion…), ce qui aboutit à leur catégorisation dans des groupes socialement dominés ». Extrait de la page 13 de la synthèse écrite pour l’Ecole de la Médiation et dans laquelle elle rend compte des travaux de recherche en sciences sociales sur le sujet: PERRONNET Clémence, Publics exclus : outils de la recherche pour des institutions inclusives, décembre 2022.

[2] Ministère de l’Education Nationale, DEPP, Les choix d’enseignements de spécialité et d’enseignements optionnels à la rentrée 2025, n°26.06. Février 2026

[3] Ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche (MESR), Enseignement supérieur et recherche. Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés, 2025

[4] PERRONNET Clémence, MARC Claire, PARIS-ROMASKEVICH Olga, Matheuses. Les filles, avenir des mathématiques, CNRS Editions, 2024, p.14

[5] Ibid.p.14

[6] Le domaine de l’intelligence artificielle, embauche « moins de 30% de femmes et moins de 5% de personnes noires ou hispaniques chez Google, Facebook, Amazon, Microsoft et Apple ». Il en résulte que « les logiciels et algorithmes si souvent considérés comme des modèles logiques, neutres et objectifs s’avèrent en réalité sexistes, élitistes et racistes ». Cité par PERRONNET C., op.cit., p.16

[©Clément Foucard pour la photo d'introduction]