Témoignage de Maximilien Distinguin : « Penser inclusion c’est se décentrer, laisser de côté notre posture de sachant pour prendre en compte notre public »

Publié par Ombelliscience -, le 12 janvier 2026   49

Maximilien Distinguin est chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’UPHF (59). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé par Ombelliscience le 24 octobre 2025. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.

Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?

Maximilien Distinguin : Je suis chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF). L’UPHF est une université implantée sur 4 sites de formation : Cambrai, Maubeuge, Valenciennes et Famars. C’est une université qui accueille entre 11 000 et 15 000 étudiants tous les ans. Au-delà de la formation, il y a forcément l’aspect recherche. L’UPHF a un pôle recherche structuré autour de 4 laboratoires : le LAMIH Laboratoire d’Automatique, de Mécanique et d’informatique Industrielles et Humaines ; l’IEMN Institut d’Élétronique, Microélectronique et de Nanotechnologie ; le CERAMATHS en mathématiques et matériaux céramiques ; et le LARSH LAboratoire de Recherche Sociétés et Humanités.

ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?

MD : L’inclusion pour moi ça ne va pas de soi. Si on va à la facilité, on reste avec nos pairs, avec les publics qu’on touche naturellement. L’inclusion implique de ne plus attendre que les publics viennent vers nous mais d’aller vers eux.

Penser inclusion c’est se décentrer, laisser de côté notre posture de sachant pour prendre en compte notre public et rendre sa visite d’une exposition ou son séjour dans un lieu de sciences, le meilleur possible. Notre rôle c’est de permettre aux publics d’être autonomes. Parfois, juste « le bonjour » ça autorise l’autre qui peut se dire « j’ai le droit d’être là, je peux entrer ».

ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?

MD : Je dirais oui ; on est tous capables de raisonner et de comprendre des processus tels le cycle jour/nuit même si on n’a pas forcément les mots scientifiques pour le dire. Il y a des bases qu’on peut comprendre très facilement.

Néanmoins il y a un sentiment d’illégitimité chez les personnes par rapport aux sciences. Par exemple, franchir la porte d’entrée de l’université pour quelqu’un qui n’est ni enseignant ni étudiant, c’est difficile. Les personnes vont se demander « j’arrive dans un milieu qui n’est pas le mien donc y ai-je ma place ? ». Et ce n’est pas parce que c’est écrit « c’est gratuit » et que c’est accessible qu’elles viennent. Ceci n’est qu’une partie de l’équation. Se sentir illégitime c’est penser qu’on n’a pas le bagage culturel suffisant pour venir, c’est penser « ce n’est pas pour moi », c’est aussi la honte de ne pas avoir un diplôme suffisamment haut, la gêne de ne pas avoir les mêmes relations, le même réseau ou encore, de ne pas avoir les codes d’un système qui nous est inconnu. Et malheureusement, la curiosité ne suffit pas à franchir ces obstacles.

ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?

MD : J’ai repensé mon projet de parcours scientifiques sur le campus. J’ai revu mon process : je vais d’abord aller consulter la population que je veux impliquer et co-constuire avec elle et non agréger d’abord des collègues. L’idée est de faire avec et pour mes publics plutôt que l’inverse.

Par ailleurs, je vais aussi essayer cette année de mettre en place un plan de formation pour les collègues sur les questions d’inclusion. Je vais me faire le mégaphone auprès de mes pairs de tout ce qu’on a appris dans SPTT. Idéalement j’aimerais former 15 à 20 personnes par an.

ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?

MD : Un grand bol d’oxygène ! Et aussi, une prise de conscience : souvent on croit bien faire et être déjà dans l’inclusion mais c’est, soit insuffisant, soit on a de fausses bonnes idées. Dans la formation, on a appris à décrypter ça.

Et puis, on se rend compte qu’on n’est pas tout seul, que la problématique est partagée, qu’en fait notre secteur professionnel n’est pas assez sensibilisé. Il y a aussi beaucoup d’entre-soi – on a tous au moins un bac + 3 ou bac +8 dans cette formation SPTT. Par contre, les populations qu’on veut toucher n’ont pas forcément ce bagage : il faut donc se décentrer. Partager ses difficultés avec les autres participants à SPTT, entendre comment ils les ont surmontés est inspirant et motivant. On s’apporte du soutien, des conseils. Tout cela crée des échanges positifs et productifs. On a eu beaucoup de discussions entre nous.

Parmi les outils que j’ai aimés, je retiens le KADEIloscope. Il est peut-être un peu rude à la découverte mais si tu prends le temps de passer ton projet au tamis, tu te rends compte qu’il est très bien pour prendre du recul et t’évaluer en cours de projet.

Enfin, l’accompagnement par Ombelliscience a permis de poser des jalons dans cette progression, d’alerter sur des points de vigilance, de diffuser des outils. Vous nous avez rassemblé et avez créé les conditions pour que nous travaillions de concert.

ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?

MD : Je multiplierais les 1ères formations initiales pour avoir un plus gros noyau de personnes formées. Il faudrait aussi prévenir que ça va prendre du temps, que ça va nécessiter une remise en question forte. Pour que l’inclusion soit ta préoccupation n° 1 ou 2, il faut se rendre compte du travail que ça va engendrer, notamment auprès des publics, et des méthodes qu’il va falloir changer. Ça doit devenir une priorité, pas un truc en plus mais ça, ça demande une grosse implication.

J’ai trouvé très intéressant que vous, l’équipe d’Ombelliscience, vous vous formiez en même temps que nous. C’était source d’échange parce que vous aviez les mêmes problématiques que nous et vous aviez le temps d’aller chercher des solutions et des outils. On se nourrissait mutuellement, on s’est questionnés ensemble, vous faisiez partie du groupe.

Merci à Catherine Oualian (Ecole de la Médiation), Clémence Perronnet (Agence Phare), à toute l’équipe d’Ombelliscience et à tous les collègues de SPTT ! [Catherine Oualian et Clémence Perronnet ont formé les participantes de SPTT et accompagné Ombelliscience sur les trois années de la formation-action en étant présentes aux temps de regroupement annuels notamment].

Photo (c) Clément Foucard / Ombelliscience