5/ Recenser et mobiliser les partenaires
Publié par Ombelliscience -, le 29 juin 2026
En bref
En matière d’inclusion, rien ne sert de partir seul·e, il faut partir « collectif ».
Dans ton voyage vers l'inclusion, tu auras besoin de t’entourer de personnes et structures-ressources qui connaissent bien les publics exclus ou qui les représentent. Cela te permettra de les rencontrer, d’adapter tes activités à leurs attentes et besoins et de co-concevoir avec elles et eux.
Pour cela on t’invite à faire ta cartographie des partenaires.
A la fin de l’article, les professionnelles impliquées dans SPTT te racontent comment elles ont tissé des liens avec les acteurs de l’éducation populaire et du secteur sanitaire et social.
C'est quoi et pourquoi c'est important?
« Partenaires » : qu’entend-on par-là ?
Aujourd’hui le mot « partenaire » est beaucoup employé et pour recouvrir des réalités différentes. Mieux vaut donc s’accorder sur son sens. On définira ici un « partenaire » comme une personne ou une structure (association, service public, prestataire…) avec qui on est associé·e dans un but commun. Qui dit « partenariat », dit « relation équilibrée » où les deux parties décident ensemble des objectifs et des moyens à mettre en œuvre.
Des partenariats pour connaitre et associer les publics exclus de la culture scientifique
Une des clés de toute démarche d’inclusion c’est de ne pas rester seul·e et de s’entourer de structures-ressources. Autour de toi, il y a sans doute des structures qui ont une connaissance des besoins et attentes des publics exclus du partage des sciences ou qui sont en lien avec ces publics. Peut-être y-a-t-il aussi des lieux ou structures qui sont composées de ces publics.
Recenser ces structures et en faire des partenaires locaux permet de :
- bénéficier de leur expertise et de leurs liens aux publics exclus ;
- connaitre les publics présents et leurs besoins spécifiques sur ce territoire ;
- mobiliser via ces partenaires, les publics exclus pour écouter leurs besoins (voir chapitre 4), ou pour mener des actions de co-conception (voir chapitre 6). Ces partenaires peuvent en effet servir de tiers de confiance, facilitant l’implication et la participation des publics et le recueil de leurs ressentis après l’action (évaluation) ;
- nouer des partenariats pour des projets plus inclusifs.
Comment le faire ? Avec quels outils ?
Cartographier les personnes et structures-ressources
Où trouver ces personnes ? Tu la connais peut-être déjà soit parce que c’est un partenaire habituel dont tu n’avais pas identifié qu’il avait cette compétence ; soit parce que c’est le ou la collègue du bureau d’à-côté !
Dans la formation-action « Sciences pour toutes et tous », les nouveaux partenariats ont été majoritairement noués avec les secteurs de : l’éducation populaire et l’animation socioculturelle (maisons de quartier, centres sociaux, centres de loisirs, bibliothèques, …) et le secteur sanitaire et social (Instituts Médico-Educatifs-IME, ESAT, Foyers de vie,…). Eric Fertein, chargé de mission diffusion de la culture scientifique au sein de l’ULCO (Université Littoral Côte d'Opale) nous a expliqué comment son collègue, Patrick Augustin, a organisé plusieurs conférences scientifiques mêlant spectacle, pédagogie et jeu. Appelées « animaconf’ », il les a organisées dans plusieurs maisons de quartier de Dunkerque à l’été 2025 :

« Le premier pas, ça a été de sortir des murs de l’université car le public ne vient pas naturellement dans un hall de faculté. Et puis, certains sites universitaires comme à Calais ou Saint Omer sont éloignés des zones résidentielles. […] Et c’est pourquoi nous collaborons désormais avec des maisons de quartier, des tiers-lieux en zones défavorisées ou rurales et des médiathèques en Réseau d'Éducation Prioritaire. On y a rencontré des animateurs de centres sociaux ou de centres de loisirs qui connaissaient très bien leurs publics et qui savaient nous dire si on avait ou pas le bon vocabulaire et le bon format de présentation pour leur parler. »
Mais il existe encore d’autres partenaires dans d'autres secteurs ! Pour les identifier, réalise ta cartographie des partenaires. Aide-toi de cette fiche. Ces personnes-ressources peuvent se situer :
> en INTERNE de ta structure :
- si tu travailles pour une collectivité départementale => rencontre les services de l’action sociale ;
- si tu travailles au sein d’une université => va voir les services sociaux et de santé universitaires, et les Vice-Président·es délégué·es à l’égalité, à la prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ou encore à la prévention des discriminations,… ;
- si tu es employée par une petite structure associative => interpelle tes adhérent·es sur ces questions pour savoir s’ils·elles ont une compétence en inclusion/accessibilité et/ou connaissent des personnes compétentes ;
- dans tous les cas => interroge celles et ceux qui t’entourent (collègues et bénévoles) : il se peut qu’un·e collègue ait été formé·e il y a longtemps et que tu ne le saches pas ou qu’il ou elle ait une connaissance de ces sujets du fait de son histoire personnelle ou de ses engagements extra professionnels.
> en EXTERNE de ta structure :
- Associations : il existe dans la plupart des villes, y compris de petite taille, un recensement des associations. Consulte le site web de la mairie ou de la com de com ou rends toi à la Maison des associations s’il y en a une ;
- Associations d’auto-représentant·es sont celles qui sont constituées par des personnes vivant elles-mêmes des discriminations. Le terme est plus utilisé pour les exclusions liées aux handicaps mais peut être étendu à tout collectif de personnes concernées par une discrimination. Les Pas Sans Nous peuvent ainsi en relever puisqu’ils et elles vivent et défendent les intérêts d’habitant·es de quartiers populaires. On pourrait aussi citer les associations LGBTQ+ ou les associations d’entraide entre personnes migrantes.
- Financeurs : les services de l’Etat ou de collectivités ont peut-être une expertise partielle ou complète sur les questions d’accessibilité, d’inclusion, d’égalité, de lutte contre les discriminations, de « FALC » ou de design universel. Pose-leur la question ;
- Prestataires : graphistes, assureurs, etc

L’association Signes de Sens, qui agit pour une société accessible et inclusive, propose une méthode pour réaliser cette cartographie de manière participative avec lesdits partenaires. Tu la retrouveras expliquée sur cette page via un webinaire et un guide à télécharger. Elle est centrée sur les partenaires en matière d’accessibilité et d’exclusion liée aux handicaps. Mais elle pourrait être utilisée dans une approche intersectionnelle de l’inclusion.
Se rencontrer
Une fois identifiés, il faut les rencontrer. Parmi ceux qui ont émergé dans la cartographie, choisis ceux avec lesquels tu souhaites prendre contact en priorité. La rencontres est parfois rendue difficile du fait que les secteurs d’activités et professionnels sont spécialisés et se croisent peu. Marie-Anne Cohuet, ex chargée de développement et de communication pour la régie de quartier Activ’Cités à Grenay (62), en témoigne ainsi :
« Pour moi la difficulté aujourd’hui, c’est le maillage territorial. Dans le sens où il faudrait qu’il y ait des structures qui fassent l’intermédiaire, qui percent les sphères des milieux. Comme nous sommes régie de quartier, on va à Ombelliscience, on sort un peu de notre sphère de l’action sociale pour aller vers des structures de la culture, des sciences. Il faut qu’il y ait des structures de ces sphères-là, qui viennent vers l’action sociale, vers l’insertion, et vers tous les acteurs de l’hébergement, le handicap, ceux qui luttent contre la précarité… Je pense que c’est ça la difficulté. »
Dans un deuxième temps, tu pourras envisager des actions communes afin de créer du lien avec eux et avec les publics de ces structures.
Entretenir les liens avec ces partenaires
Sois vigilant, ensuite, à entretenir une relation de coopération dans la durée. Parfois les personnes changent mais les structures restent : veille à entretenir des liens institutionnels et pas seulement des liens interpersonnels. Te tenir informé·e des actualités du partenaire, te rendre à leurs événements, etc sont aussi des manières de rester en lien.
Le chapitre 2 de l'outil de diagnostic KADEIloscope donne des billes concernant cette relation. Lis particulièrement cet extrait.
Ce que nous avons observé : témoignages, usages et retours d'expérience
Ecole-Musée de Boulogne-sur-Mer : un médiateur social au Musée
Catherine Suchanecki, responsable de l’Ecole-Musée, un des trois musées de la ville de Boulogne-sur-Mer (62) raconte le rôle joué par un médiateur social embauché par la ville :
« Il y a eu la création du poste de médiateur social qui est occupé par Romain et qui permet aux 3 musées de la ville de travailler davantage la coopération avec les animateurs et animatrices des centres sociaux permanents de la ville qui sont situés en quartiers populaires. Ce poste est devenu indispensable. […] Et maintenant ce sont les animateurs et animatrices qui viennent à lui pour monter des projets ! Il a réussi à se faire accepter et à être identifié. En conséquence on a vu une augmentation de la présence des publics issus de ces quartiers dans le musée. Et puis, ce sont aussi les professionnel·les de ces quartiers qui sont valorisés : ils ont la sensation d’être écoutés alors qu’avant ils se sentaient à l’écart des musées. »
Forum des Sciences de Villeneuve d'Ascq : travailler avec les autres services de sa collectivité

Dorçafe Mezouar, chargée d'appui aux projets territoriaux au Forum départemental des sciences, situé à Villeneuve-d'Ascq (59) s’est appuyée sur les ressources internes au Département du Nord pour ses démarches :
« Nous sommes un équipement départemental et l’accompagnement des personnes appartenant aux catégories de publics exclus fait partie des missions du département (soit par la MDPH, ou des services comme les Maisons Nord Solidarité / Nord Emploi). C’est donc un public que l’on peut potentiellement déjà toucher via nos collègues d’autres directions générales (Enfance Famille et Retour à l’Emploi). » Dorçafe explique que son premier pas vers l’inclusion a été « le projet de partenariat entre la DGAEFS (Direction Générale Adjointe Enfance, Famille, Santé) et le Forum départemental des sciences, qui a été initié en 2021 et dont l’objectif était d’être à l’écoute et tisser des liens avec les services de l’action sociale.
L’idée était de créer un partenariat qui s’inscrit dans la durée, et c’est effectivement le cas puisque nous sommes sur la 4e année du projet. On commence à avoir des événements qui deviennent réguliers. »
Médiathèque de Beaucamps-le-Vieux : créer des partenariats demande du temps
Nathalie Millot, responsable de la médiathèque communautaire de Beaucamps-le-Vieux (80), explique que pour comprendre ce qui peut intéresser les personnes exclues des sciences et « imaginer des activités plus adaptées à eux », « il faut pouvoir aller parler à plein de gens, dans plein de lieux. […] Pour parler à plein de gens différents, il faut aller les côtoyer là où ils sont et peut-être qu’après ils viendront dans les lieux culturels… Mais ça nécessite énormément de temps et de la patience. »
Fort de Condé : rencontrer les publics grâce aux centres sociaux

Bénédicte Doyen Mériaux est responsable du service tourisme et communication de la communauté de communes du Val de l’Aisne et directrice du Fort de Condé à Chivres-Val (02). Son collègue Silvère Cappigny, médiateur au Fort de Condé, s’est appuyé sur les centres sociaux de Soissons pour améliorer le parcours de visite du Fort : « On a arrêté de se mettre dans la tête de personnes qui ne nous ressemblent pas : on va plutôt faire avec elles et leur demander ce dont elles ont envie, si tel ou tel aspect est intéressant pour elles. Pour cela, on a désigné Silvère - avec son accord - comme médiateur pour faire des tests avec des petits groupes de public et notamment avec des personnes fréquentant des centres sociaux dans les villes situées aux alentours du Fort. Avant on se serait demandé "comment les faire venir ?" ; maintenant on va dans les quartiers de Soissons, on leur demande s’ils connaissent le Fort, si cela les intéresse, si c’est la mobilité ou l’argent ou autre chose qui les freine pour venir…. On a également conçu un nouveau plan du site. On était fiers de notre plan, mais on s’est rendu compte que pour des visiteurs non spécialistes ça n’était pas très accessible. On l’a testé avec les publics des centres sociaux et on l’a amélioré jusqu’à ce qu’ils ne se perdent plus dans le Fort. »
©Clément Foucard pour la photo d'introduction
