8/ Evaluer

Publié par Ombelliscience -, le 18 août 2026

Cet article fait partie du dossier "Boîte à outils inclusion".

En bref

Souvent mal aimée car perçue comme un outil de contrôle ou une tâche « de plus », l’évaluation peut pourtant favoriser l’engagement de toutes et tous dans une action en renforçant le sens que chacun·e lui donne.

Mais ça, c’est dans l’idéal.

Dans la réalité, « évaluation » peut malheureusement rimer avec « exclusion ». Soit parce qu’elle n’intègre pas toutes les parties prenantes de l’action, soit parce qu’elle n’est pas pensée suffisamment en amont de l'action ou avec méthode.

Comme l’indique le KADEIloscope en chapitre 6.3, « Soyez conscient qu’un processus d’évaluation peut, dans sa structure, contenir des éléments qui contribuent à renforcer les inégalités et l’exclusion.».

C'est quoi et pourquoi c'est important? 

Evaluer c’est d’abord « donner de la valeur à ». C’est donc permettre à toutes les personnes qui ont mené ou bénéficié d’une action de dire ce qu’elles en ont retiré et de juger si elle a produit de la satisfaction.

Pour les professionnel·les du partage des sciences, évaluer est un moyen de :

  • prendre du recul sur ce qu’ils et elles font et interroger le processus et les méthodologies (aide au pilotage, au diagnostic),
  • instaurer un dialogue avec le public,
  • vérifier que les objectifs fixés sont atteints,
  • maintenir le sens que chacun et chacune donne à l’action,
  • apprendre de ses réussites et de ses erreurs (dimension d’autoformation),
  • s’assurer que l’action est toujours en cohérence avec les valeurs de la structure qui la porte (dimension stratégique qui va aussi intéresser les directions et les financeurs).

Et pour les publics, elle peut être un espace pour :

  • donner son avis sur l’action à laquelle ils ont participé,
  • se faire entendre,
  • valoriser leurs savoirs et savoir-faire et leurs points de vue,
  • proposer de nouvelles actions.

En matière d’inclusion, la recherche de cohérence étant primordiale, l’évaluation l’est tout autant.

©Solenn Bihan

En pratique, évaluer ça ressemble à quoi ?

L’évaluation permet d’observer et d’objectiver ce que l’on fait, comment on le fait, et de constater les changements produits. C’est un peu comme une petite étude du projet.

Objectiver signifie décrire ce que nous avons fait par des données quantitatives (les chiffres) et qualitatives (verbatims des participant·es, observations de l’attitude des publics lors d’un atelier,…). C’est rendre compte de la mise en œuvre des différentes étapes du projet, de ses effets et impacts.

Se baser sur des données fiables, objectivables, c’est aussi un gage de sincérité : le but ce n’est pas d’enjoliver, c’est de tirer des analyses et conclusions de ce qui est fait, que ce soient des réussites ou des échecs.

Une évaluation inclusive, c’est une évaluation qui…

  • ne met pas en difficulté les participant·es dans sa forme (par ses consignes, son langage, son format, le temps qu’il faut pour la remplir,…) ;
  • n’est ni trop « technicienne » ni trop « scolaire » (éviter les questionnaires type enquête) ;
  • est pensée avec les personnes qui bénéficient de l’action (ou, a minima, elles ont pu dire, au début de l’action, ce qu’elles en attendent et quels seront leurs critères de réussite) ;
  • valorise les points de vue de toutes les personnes impliquées dans l’action, y compris les points de vue minoritaires (permettre de dire et consigner des paroles, des verbatims) ;
  • fait remonter des demandes et besoins du public qui n’étaient pas perçus par l’initiateur de l’action,
  • favorise le dialogue contradictoire (les désaccords sont les bienvenus) entre professionnel·les, public participant, financeurs, etc
  • est ludique, créative et joyeuse,
  • s’intègre dans l’action ou le projet comme une suite logique.

L’évaluation, un outil de discussion collective

Ici nous t’invitons à considérer l’évaluation comme un outil collectif pour progresser dans la transformation de nos pratiques professionnelles. Et pour cela, regardons ce que fait l’éducation populaire : au sein du mouvement Culture et Liberté, un outil d’évaluation appelé « grille de Chamrousse » a été créé. Celle-ci présente plusieurs intérêts :

  • évaluer les effets produits par une action au regard des objectifs de transformation sociale recherchés ;
  • conscientiser et rendre compte d’un processus ;
  • retrouver pourquoi l’action a été initiée, le sens de l’action ;
  • se représenter collectivement le processus qui a eu lieu pendant l’action ;
  • regarder les effets produits ;
  • évaluer ces effets au regard du sens initial.

Comment faire ? Avec quels outils ?

©Ombelliscience

Pour bien construire ses outils d’évaluation, il faut d’abord bien construire ses questions d’évaluation.

L’évaluation est imbriquée dans le projet, les deux vont de pair. La définition des étapes du projet et de ses objectifs est la première chose à poser à plat pour ensuite définir ce que l’on souhaite évaluer.

Attention au temps consacré à l’évaluation : il ne doit pas être pris au détriment du reste. Pour cela, mieux vaut imbriquer la collecte de données pour l’évaluation dans les outils de suivi et pilotage de projet.

Se poser les bonnes questions avec la section 6.3 de l'outil "KADEIloscope"

Le KADEIloscope préconise de :

  • « définir des indicateurs clés pour votre projet [et d’] impliquer des partenaires » et des publics dans le choix des indicateurs ;
  • « créer un groupe [dédié à l’évaluation] et collecter leurs commentaires pendant [le déroulement de l’action] » ;
  • une fois les données collectées, partager et discuter des résultats et des améliorations à apporter avec l’équipe projet, les publics et les partenaires ;

L’ensemble des questions et conseils de KADEIloscope sont à retrouver ici.

Collecter des données d’évaluation de manière ludique et originale

Durant les 3 ans et demi de la formation-action Sciences pour Toutes et tous (SPTT), nous avons testé plusieurs outils d’évaluation dont certains issus de l’éducation populaire. Ils ont l’avantage de favoriser de la collecte de données de manière ludique ou créative. Ce qui favorise la participation.

Tu trouveras dans ce document, une liste de méthodes de collecte de données présentées en novembre 2023 par Amanda Dacoreggio et Clémence Perronnet durant la formation Sciences Pour Toutes et Tous (SPTT) : sondage avec cartons de couleurs, « machine à laver/poubelle/valise », « arbres à blobs », photolangage,…

Ce que nous avons observé : témoignage

©Ombelliscience

Bertrand Prévost est médiateur scientifique chez Ombelliscience et témoigne de la manière dont il s’est approprié certains outils d’évaluation utilisés dans le secteur de l’éducation populaire : « L’outil d’évaluation « la machine à laver, la poubelle et la valise » me permet de collecter des données plus facilement sans donner l’impression aux personnes qu’elles sont notées ou qu’elles font l’objet d’une étude comme avec un questionnaire, ce qui peut rebuter. »

©Jerôme Halâtre pour la photo d'introduction